Archive pour octobre, 2009

246. Deux Yeux, Un Iris

Posted in demembrement with tags on octobre 31, 2009 by 1000morts

Derrière la porte, il sent la peau pulser contre sa pulpe, les boucles obscures rouler sur les épaules, la danse des crocs affamés et des doigts pointus, le réel qui se déchire tout au long des griffes et des anneaux gastriques, et la prunelle de ses yeux, cette prunelle unique qu’ils se partagent, en leur laideur.

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245. Les Chants Des Engoulevents

Posted in reproduction with tags on octobre 30, 2009 by 1000morts

Nile et ses Dynasties parthénogénétiques, l’appareil digestif du Parti, cyanure imbibé, la cartographie de ses déviances dessinait des continents du meurtre. Se développaient comme un papier buvant l’eau rougie, un Rorschach s’extirpant de sa chrysalide de chiffon, l’âme du défunt revenue d’entre les morts pour être bouffée par le premier engoulevent venu, l’enviol des oiseaux affamés sur les toits à pignons, attendent leur heure car elle vient toujours.

Nile et ses Dynasties protoplasmiques, partent du monocellulaire pour atteindre à la perfection minérale, la pureté du sang, les mariages à l’intérieur du giron, de la meute, la descendance qui, effectivement, descend. Chute dans les escaliers. Et perd tout son fluide dans les cataractes des cathédrales consanguines.

244. L’Adage Des Victimes

Posted in commerce with tags , , on octobre 29, 2009 by 1000morts

Que voulez-vous ? Mon dû. Je n’ai encore rien pour vous. Et tout ce papier noirci ? Des mots sans queue ni tête, rien de précis, des suppositions, de la mauvaise prose. Les bandes magnétiques ? Du bruit blanc, inutilisable : la matière première, je vous dis, n’était pas assez bonne ; or, un cut-up, c’est comme un ragoût, il vaut mieux de bons ingrédients si l’on ne veut pas rater le tout. Approche encore. OK ; j’ai froid. Rien n’est rien, ici : tu es à Byble, mon chou. Je suis à Byble, oui ; et alors ? Alors, si tu es seul à exiger quelque chose, c’est toi que tu mets dans la balance. Et si je m’en fous de me commercialiser ? Le vieil adage n’est bon que pour les victimes : on ne vend d’abord que ce à quoi l’on tient plus qu’à la mort, voilà la vérité. [Fin de la retransmission]

243. Vision De Lodger En Cygne Pris Dans La Glace

Posted in calcification with tags on octobre 29, 2009 by 1000morts

Sa fugue entamée mais jamais close, les mains découpant l’air et traçant le néant, la paire d’yeux extatiques de l’aveugle, blanc sur blanc, ses deux gouttes de lait au giron des fréquences, sa vibration érectile, trois jambes, une peau blanche et noire, des défenses et le bois précieux, tous ces ongles noirs dans la pensée du chat, Lodger pris au piège d’une incantation diabolique, prend, lui, acte du crépuscule et fige le mouvement dans un déni perpétuel.

242. L’Allure Des Trépanés

Posted in mutilation, operation chirurgicale with tags , , on octobre 28, 2009 by 1000morts

– Monsieur ?

– La comtesse, quelle chambre ?

– Quelle comtesse, monsieur ? Nous avons cent dix-sept comtesses, trente-six princesses de sang, trois cent dix-huit duchesses, six cent soixante-et-une marquises, et un nombre incalculables de sangs-mêlés.

– Bathory.

– Mon Dieu. Vous vouliez dire, la comtesse ? Voilà une information que je ne puis malheureusement vous communiquer, monsieur. Ceci dit, si la noblesse d’empire intéresse monsieur, on peut toujours…

– Seule la Comtesse Rouge m’intéresse.

– Du regard de monsieur, je déduis qu’aucune proposition autre que son désir premier ne lui agréera. C’est bien dommage, monsieur, car, comme je vous l’ai dit, tel renseignement ne peut être obtenu. Si monsieur veut bien m’excuser.

Le robot-chair détourne les yeux un instants, cela suffit à North pour trépaner la bête en ranger son aiguillon dans sa manche dans le même mouvement. Le steward demeure figé, le regard vitreux, une larme noire affleure à la narine gauche et commence déjà à coaguler, s’écaille et tombe en microscopique pluie d’anicroche.

– La comtesse. Quelle chambre ?

– Chambre 213, monsieur. Deuxième étage, premier couloir sur votre droite, attention à l’éclairage, il peut être capricieux dans ces ailes de haute sécurité. Bien le bonjour, monsieur.

241. Incantation Contre Le Suicide Organisé

Posted in marche d'enfer, suicide with tags , , on octobre 27, 2009 by 1000morts

Avec la sensation tactile de Messaline dans les paumes, Chrome pouvait fixer sa résidence dans la carte rétinienne de son interminable enfer. La Marche était nouvelle pour lui, qui n’avait pas été initié. Un Voleur d’Initiation, voilà ce qu’il pensait être. Pas tout à fait : Chrome ne pouvait le savoir mais seule l’absorption d’un Marcheur d’Enfer aurait fait de lui un cambrioleur psy. Et il n’aurait jamais pu entrer en résonnance avec un maître comme Lodger. Peut-être la qualité particulière de son matériau y était-elle pour quelque chose, Messaline elle-même en son infime orgie. Et l’assoupissement parfait de son oreille interne, comme preuve de tout aboutissement. Chrome, tant-fois-né et sa poésie du mal-être, se redressa en s’appuyant au chambranle organique. Suivit le chemin tracé sur son parchemin d’âme. Et déboucha, au bout d’un couloir, sur une porte massive marquée du sceau des Marcheurs : un Y composé de trois V accolés. Il posa la main sur le sigle et murmura des mots de volonté, baissant la tête jusqu’à frôler du front la pierre froide. Une incantation contre le suicide organisé.

240. Glass Et Le Fantôme Félin De La Fille En Noir

Posted in suicide with tags , on octobre 26, 2009 by 1000morts

Glass claque la porte de sa chambre, emprunte l’escalier qui descend puis, se ravisant, opère un militaire demi-tour et monte jusqu’au toit. De là, la vue imprenable sur rien, le brouillard et la nuit. « Comme un promeneur solitaire au sommet de la montagne », se dit-il. Sauf qu’il n’est pas seul, que la montagne est en béton même pas armé, et que ses poches à lui aussi sont vides. Qu’opposer à ces deux yeux vides qui scintillent au bord du vide ? « Approche. »

La voix lui rappelle quelque chose, un goût métallique, une table ronde qui pue la sueur plus chère que l’alcool, des chaises en bois, un long miroir derrière le comptoir, des habitués surtout, et cette fille face à lui qui hurle à l’intérieur. « Approche, tu ne risques rien à faire le premier pas. »

C’est ce qu’on dit, qu’il pense, avant de marcher lentement. Un écho parcourt l’univers du vent, une silhouette qui marche sur le tonnerre, la vieille arcane du pendu retourné comme un Pierre aux regards d’énucléé, la main dans la clarté difforme. Glass a des envies de branlette soudain, de perte de soi, de jouissance dans l’éparpillement sous forme de gouttelettes, la nuit la plus longue, les couteaux qui se dressent et s’enchâssent dans la chair. « Tu sais ce qu’il te faut. Je sais ce que tu sais. »

Le chat qui jappe dans le noir perd la boule et saute dans le vide, au moment précis où Glass est à portée de griffes.