Archive pour décembre, 2019

512. Venin Des Myrtilles Dans La Glace Des Étangs Gelés : Audience 1/2

Posted in exécution, poison with tags , on décembre 31, 2019 by 1000morts

Entrée des lames à rebours. Images des reflets, boucles sonores, sa main posée sur l’eau saumâtre, réflexe des pores qui boivent dans l’obscurité du matin, lumière des soleils blancs, dissonances, et sa mélodie incorporée dans les rayons d’aurore irradiée, consonnes dévoyées sur les nationales secondaires, les routes de la boue, ornières où les corps se relèvent, et dans l’arrière-fond la chanson des souffles, l’emphysème des chœurs antiques, une note plongée dans le feu nourri de la chair, herbe couchée, la foule se rassemble sur le champ des deniers, cet homme qui distribue les cartes, sa bourse pleine d’épées, son cœur au fourreau, pièces de métal sans tain, pendu par les pieds il harangue le public, debout sur son outre vivante, sa baleine échouée au goût de tourbe, il réunit le jury des procès du levant, ici les silhouettes couchées sous le poids des glaives, une image dans la glace des étangs gelés, prononce les sentences.

On dit qu’elle va tomber, dans l’eau froide où déteignent l’ombre et le venin des myrtilles.

Ces milliers d’yeux noirs frottés contre le liège enflammé.

Collés contre eux-mêmes dans la décollection d’un abîme dédoublé.

Ici les têtes roulent, appuyées de mécanismes et de métaux rares. Ici coule l’eau lourde et forte des collines hautes. Mais ici les spectateurs s’unissent dans la vision.

Les phrases se répètent. Les phrases de la lune.

Garder l’eau dans la bouche suffisamment longtemps.

Garder une partie du corps.

Échelle qui descend.

Serpents qui montent.

Échelle qui descend.

Tous les anges se morfondent.

Dans le miroir leurs reflets d’anophèles, sans bruit sans bruit ils descendent aux tombeaux.

Aux tribunes du choix. Où sent l’alcool la bouche des vermines.

La bouche qui choisit. Mais ici convergent les silhouettes du jugement dernier. Et la peur de la chute n’entrave pas l’escamotage des fondations.

511. Oiseaux Enflammés De Soleil, Traces Du Royaume Incandescent

Posted in famine, maladie with tags on décembre 30, 2019 by 1000morts

Odeur des machineries, l’obscurité s’ébranle dans les tunnels. Des instruments gémissent aux bifurcations de la perte de soi, légère accélération du pouls, elle appréhende les pulsions de la terre, des crevasses sous la pulpe, cris et cercles, elle creuse l’océan sous la colline, ses mains nues, les ongles sales de ténèbre, ici nous sommes, imprégnés du lait jaunâtre des cartons anémiés, ses échos égrenés, bois tes pensées, bois la sève de gratitude, elle erre dans les couloirs de cathéters européens, trop tard pour regretter, trop tard pour remonter dans la piscine, son réservoir d’eau pure sous la maison, du cœur à la montagne, perdu dans son cercle de vapeur, sauna de pierres sèches, ici les rues qu’elle fait la nuit, les rues électriques qui raniment les machines fatiguées, démangeaisons au creux du bras, « j’étais frappée par l’élongation du matin » dit-elle, ces éclats de murènes dans la vue, squelettes dansants sur une peau d’orange, le parfum du piment, ses cheveux ramenés en arrière, Liz aux bras de branches, remonte la sève vers la racine des siècles et des siècles, là où chair et pierre, chemise blanche sur peau blanche, bras levé vers les moulins à vent, le souffle à rebours, sa forme malingre exposant ses maladies aux moteurs obscurs, la faim la faim, test terminal, elle finit sur une feuille de dessins d’enfant, à avaler les couleurs pour trouver la sortie, d’une montagne l’autre, cœurs battus de chiens sans souffrance, nuits de lignes électriques, pluie violette qui retrouve les nuages en contre-haut, vers les biospots de chair humaine, caravane s’ébroue dans les souterrains, de l’étoffe des vitres brisées, courbant l’échine du son, ici assouvissant ses désirs d’asservissement, Liz au cœur-montagne, revient revient sans cesse revient revient d’un étage à l’autre, ici l’enfer aux cercles centrifuges, ses dents que des crocs bras braqué sur la lumière et l’autre derrière le dos, habitude de rock-star, lumière qui se brise aux abords de l’aurore. Elle penche en approchant de l’extrême-centre. Elle penche vers les couleurs sourdes, ses doigts entamés de poudre blanche, elle prend le train en marche, abuse des crépuscules comme on abandonne des chiens trop laids dans une contre-allée de minuit, détruits par l’absence, en quête de colère-serpent, des six cents déplacements de la main qui invoquent, taches blanches taches noires qui se poursuivent, la haine pitoyable, la haine du soleil noir, la haine du retard et des portes dérobées, des enfants ployés sous l’échine, le bruit des moteurs qui s’enclenchent sur les quais vides, de la dernière lune et Liz qui s’ébroue dans l’étoffe même du matin, dans les artères démantibulées d’une essence rare, coups de canon dans la face cachée du soleil, trop tard pour s’éveiller ici, trop tard pour les pièces capitonnées de sève, seul au milieu des foules, cette odeur de train lâché dans la nuit, d’oiseau enflammé de soleil, traces du royaume incandescent, sous l’océan les chemins du lendemain, début de la route, impasse des démons qui s’engagent, machines affolées de songe, tu brilles de couleur se dit Liz, du métal de l’iris, du verre cassé inséré dans la paupière du ciel, quand les reflets sont tessons, s’évasent s’y brillent la chance et la cécité, les longues introductions au parlement des oiseaux.

510. Triste Vipère Enserrée Dans Son Gobelet D’Aurore

Posted in poison, pourrissement with tags on décembre 29, 2019 by 1000morts

Ses mains aux quatre doigts, son âme-sorcière, sa procession de flambeaux, sa colère-serpent, ses espaces atténués de bézoards, sa robe-acier, ses échanges contre nature, ses hume-pistil, et la cadence avec laquelle elle descend les échelons, marche après marche vers la cave et plus bas que la cave, les passages secrets, les découvertes escamotées du soufre, étage bleu des concaténations quand tout boursoufle au toucher, tout la démange et l’hémophile, dans la terre ancienne, l’heure sonne pour le troc et l’anéantissement, devant la grande baie vitrée donnant sur le sable et le calcaire ensanglanté, devant la foule, devant les formes attablées qui la pointent du doigt, les sourires aux langues fendues, sa toux sonore, baleines échouées, ses souvenirs comme coagulation fossile, l’œuvre avance des outils du diable, ici creusent les fantômes dans la glaise des corps, ici les tunnels et la vie dans étuis de cuir, marqués des chansons dénuées de sens, la chance en première base, pioches débusquées dès l’aurore, masquent discrètement les fauteurs de troubles, la mémoire émiettée sur la couverture de boue savante, gravée au front des symboles de mouvance, l’homme aux gants de peau, les secrets du dessous, éclairs assouvis de chair, dans la crasse et la lueur, la danse des effrayés au sommet des mâts, mais ici les montagnes abattues, condensées dans l’incandescence d’un ventre de colline.

Liz-sans-nom, seule de son espèce, silhouette centrifuge, couverture tannée de cervelle, expose ses antennes au soleil noir des abîmes. Ici où la colombe dévisse dans les lacs d’acier définitif. Bas-relief aux cris de serpent. Dans les creux et les concaves.

Elle parvient à une fourche où elle ne s’aventure pas. Dans les cavernes violettes des interzones, résumé des opérations, une fois dans l’année où les âmes sourdent, enivrées de rosée, humant l’air aux pistils d’aube, au nord des fleuves fendus, soulignent l’invasion des insectes, Liz pointant les étoiles dans les toitures, la fluorescence, la musique ténue des ponts d’Obéron, ces avancées rocheuses enjambant les aqueducs souterrains, où elle s’offre aux recommandations des conseils de l’inceste, amour du pourrissement, course contre la mort, elle ignore qui s’avance parmi elle, figure encapuchonnée, l’heure tourne, bruit de balancier, de métronome dans les couloirs interrompus, de sauvagerie dans les pièces verrouillées de l’intérieur, cerveau gommé de crocs de boucher, chambre des mauvaises chances, aux lieux des vieilles créatures, bouffies de sainteté, violées dans l’adolescence par les reflets de tristesse et de carreaux de poussière, doigts marqués dans la sauge, racines de pendus, racines qui hurlent, sirènes des sous-sols, plongent et remontent respirer les airs du poison.

Liz repose l’amour où elle l’a trouvé.

Triste vipère enserrée dans son gobelet d’étain.

Tatouée dans sa peau de chimère.

Échouée des falaises trouées, fabriquées de toutes pièces, parcourues de tunnels cicatriciels, du flanc tacheté des lamentations.

Liz-la-blanche se repent du malheur des autres dans les grandes cités vides sous la lune.

509. Séparation Des Bandes-Son Et Des Bandes-Image

Posted in disparition with tags on décembre 28, 2019 by 1000morts

Ses pas d’interzones l’ont menée jusqu’à la chambre au balcon. Figure du dross enfoncée dans les reins de la nuit. Liz absorbe les relents de pierre brûlée et les rêves inaboutis, couchée sur le côté dans une pièce d’égalité. Ici où les brouillards s’échappent par la porte-fenêtre, visage de la ville offerte aux serpents, sous les étoiles doubles, les constellations du mensonge, vertige du sol au sol, sentir à tout pris, Liz noyée dans sa chambre morte, endormie dans sa torture persane. Ici où elle défait le cordon de sa robe et enserre les dieux de l’éclair.

Elle ouvre la porte, ses pas font craquer le plancher du grenier, un corps abasourdi sur la verrière, son souvenir d’épeire apeurée, à peine rassasiée de photons, la peau parchemin, Liz sépare les bandes-son et bandes-image ; pendant que s’épuisent l’énergie et les clartés projetées, elle appesantit sa main sur les réseaux d’exfoliants. Ouvre les paupières du monte-charge.

Liz pénètre dans la maison dans la maison. L’odeur pourpre des draps mouillés, cette chambre qui ne communique avec aucune autre, pas celle à peau de serpent, pas celle des soixante-six gouvernantes, pas les balcons rehaussés de tessons, ici un lit un miroir et des reflets, des reflets sans fin dans les pièces minuscules abandonnées par le sommeil, une ombre aux yeux clos dans le repli d’un couloir invisible.

Elle emprunte le couloir aux mausolées, ronflements dans les chambranles, espaces où l’on copie des exactions, couloirs couleur de marais, placards creusés de murs, bureau des masturbations, chambre des retournements, fantômes cachés dans les replis d’un rideau de douche, miroir des spectacles sans public, Liz descend les marches du frottement, balcons de tessons toujours, placards horizontaux où les arcs-en-ciel viennent mourir, et c’est le paradis des morsures, et c’est la descente aux os de verre, et c’est un goût d’acier sous sa langue, et ce sont les placards escamotés de cendres, et le quadrilatère de mots secrets.

Les carreaux sont froids. Bleus, blancs, parois vitrées, espaces glacés, puis c’est la flamme, les boîtes incendiées dans la pièce aux impressions, les fleurs qui prennent feu, l’odeur de plastique et de vernis qui se craquellent, lignes téléphoniques qui ne mènent à rien, sinon aux hululements le long des poteaux et derrière les masques des nouveaux morts. Liz suit le dessin des serrures jusqu’aux corps de femmes plongés dans l’acide. Ils dansent sur les carreaux de gel. Ils dansent d’un point précis à l’autre, dessinant des véroniques et les six cents passes du seigneur d’absolution.

Jusqu’aux pièces de traduction, où les os se voient à travers la pulpe du bois. Liz pose un disque sur la platine. Compte à rebours les dénominations du temps. Examine ses clients sous toutes les coutures.

Elle passe les jonctions, caresse les corps endormis sur les canapés, les coffres vides, traverse les salles à manger, les portraits trop ressemblants, les photographies d’illusion, et dans les salles où s’entrechoquent des yeux d’os, la musique, les rassemblements du semblable, Liz se couche sur le billard.

Puis c’est la cuisine et dans le hall d’entrée microscopique, Liz hésite.

Ses tarentules internes ont beaucoup plus que huit pattes et deux crochets.

Ici ses huit pattes recroquevillées sur un abdomen du déchirement ; là ses crochets brandis aux fondements même du plâtre et du calcaire. Aux cavernes sous la lune. Aux grandes cités pleines de l’Extrême-Centre.

Disparition.

508. Glass Aux Capsules Octogonales Qui S’Enfoncent Dans La Nuit : Cercle Huit

Posted in noyade with tags on décembre 27, 2019 by 1000morts

Tim Glass ne choisit pas les couleurs du marais. Sa toux ne disparaît pas. Meuble à dossiers. Sa main sur les montants à serrure. Visages de femme gravés dans l’acier doré. Tout ici est d’une pièce, se dit-il. Tout est à prendre ou à laisser.

La litanie des Châteaux.

Vue sur les mares troubles où se noient les enfants.

La reproduction du même.

Sa reproduction du même.

Son reflet dans une mer d’os. Tous ses membres en érection autour des roseaux tactiles. Cette forme de chiffre sans fin, depuis la fenêtre du bureau.

Échelles électriques. À la mesure du vivant.

Meubles qui cachent d’autres corps.

Leurs noms gravés dans l’acier doré des cariatides. Ces corps offerts aux prédateurs souterrains. Le soleil se lève sur Glass. Les notes prises sur sa peau.

Le bruit des machines à écrire aux claviers étranges.

Perdu dans les chemins d’entre les champs cultivés.

Ses carrières offertes aux chants du soleil levant.

La lumière qui encadre son corps nu, dans les capsules octogonales qui s’enfoncent dans la nuit, quand la clarté ultraviolette pénètre chaque pore du bois et chaque étage de chair dans la maison des nouveaux morts.

507. Chrome Au Palier D’Où Le Soleil S’Effondre : Cercle Sept

Posted in demembrement, sacrifice with tags on décembre 26, 2019 by 1000morts

D’ici il voit les recettes secrètes, le hall de nuit où le soleil s’effondre, les marches où les enfants mordus s’extirpent des crocs du soir, les buffets du gel où des poissons viennent frayer et mourir, frayer et mourir, frayer dans le permafrost et compter les ailerons subdivisés dans les océans de travellings compensés.

D’ici il entend les échos sur sa peau, réverbérer les chocs utérins, les reflets sonores de la grande verrière. Les enfants s’endorment derrière les portes-fenêtres. Rideaux rouges. Rideaux rouges. Rideaux rouges cachent des sentiers dérobés et des univers à rebours.

D’ici il monte aux caves, aux infiltrations souterraines, aux inflexions dans les muscles de terre, aux fibres médusées. Il grimpe dans les strates de l’extrême-centre.

D’ici il peut voir la mousson dévaster les sous-sols d’un ciel noir d’où descend le feu.

Chrome d’ici comme alliage incertain, sa maigreur laide au visage du néant, s’arrête un instant sur ce palier d’où l’on aperçoit des autels et des créatures abaissées.

Ses êtres aux yeux d’écartèlement, aux bouches des grandes profondeurs, sous la pyramide de branchages et de parois successives, sentent d’ici l’arrivée du Messie aux phéromones d’étincelles.

Chrome, écran noir et blanc, diffracté sur son écran d’étages, étend les bras, effleure la rampe de bois sombre et le mur d’amande claire, le fauteuil égaré contre la porte-fenêtre, le congélateur où attendent les âmes-poissons, et sent la vie s’amoindrir. S’étirer jusqu’à passer dans son éteignoir intérieur. Brusquer les lattes de bois sous le tapis. Craquer les allumettes l’une après l’autre, mouvement lent du soufre qui embrasse la ténèbre interne, promesse pardon et négociation.

Chrome debout sur le palier, mesure la sauge et l’ancolie.

506. Wier Coupé Lèche Son Poison À Même La Peau : Cercle Six

Posted in famine, maladie, poison with tags on décembre 25, 2019 by 1000morts

Noyau immobile.

Recroquevillé au centre de la chambre, Wier cache son visage. Dehors la lune de coupes, clarté du visage, ici l’envahissement des armées du levant, toutes ces écailles brillantes, ces facettes aux yeux multiples, ces corps fixés par le visage, la cécité des incendies volontaires, et là le ciel noir et la lune de lames, qui recueille et boit les liquidités amères, et recrache en l’intérieur le dross des dominations millénaires.

Wier tombé comme un météore. Une inflammation des muqueuses. L’allumette grattée au goût de soufre. La brume qui sourd des arbres abattus, la lune de veines auréolée d’éclaboussements de vert et de magenta.

Il sécrète son propre poison qu’il lèche à même la peau, luisante de rayonnements.

Derrière les murs les visions inconnues.

Ici la chaleur des dernières extrémités où tout s’éclaire de révélations bleutées de blanc. Ici où guettent les bêtes privées de tout. Enfants des famines, animaux de la peste, l’affûtage des crochets, lune d’argent ramassée sur un coin d’ongle, retombées en pluies chlorées, ici sous le toit qui ne protège pas, Johannes Wier invoque sans bouger la protection de ses dieux d’os.

Immobilité nucléaire.