517. Arrivée Au Premier Cercle De La Descente : Chute 2/2

Posted in enterrement with tags , on janvier 5, 2020 by 1000morts

Elle voit le monde reculer autour d’elle, s’écarter pour ménager les effets de sa chute.

C’est un jeu d’échecs, dit-elle d’une voix découpée par les instants successifs.

Voici son arrivée au Premier Cercle De La Descente.

Son dernier son avant de toucher terre.

Accords démantibulés sous la cadence de son pouls. Et cet autre corps d’elle-même qui tombe avec elle. Ce squelette extérieur qui s’effondre, points de jointure, courroies d’acier, ouvertures des commissures de ses lèvres, cette parole cousue dans la chair, l’horloge sonne l’heure, les fleuves passent sous ses pieds, et toujours la sente la mène vers le bas, vers les cités de couleurs vives, des ciels peints de cavernes, des boulevards sans âmes d’acier, seulement des serpents, des vives et des aiguilles à rebours qui menacent les plis du bras. Liz sent la Démangeaison. Où le bois enfonce ses échardes. Où elle ne peut poser la main.

Elle ferme les yeux et laisse la tourbe emplir sa bouche.

Et contre son visage.

Dessiner des formes vaguement humaines et leur donner vie.

516. Trois Est Le Signe De L’Autre-Liz-Encore : Chute 1/2

Posted in pourrissement with tags , on janvier 4, 2020 by 1000morts

Liz se tient droite dans les bifurcations. Elle entend les sirènes. Les sons qui se répondent. Le bruit des incestes. Les balançoires du viol et des interpénétrations.

Elle échange de place avec Liz.

Elles se rejoignent au pli de l’épaule.

Liz et l’Autre-Liz, laquelle est laquelle ? Et je crie. Je suis debout. Traversée de tremblements, ici-bas près de la terre, Liz adresse parfois sa trinité païenne, elle prend sur elle, transporte les sentiments amoureux d’une décharge à l’autre, Liz et l’Autre-Liz et l’Autre-Liz-Encore.

Ce livre aperçu dans une vitrine. Il crie sa haine du soleil noir.

Liz porte le bois en elle et ploie sous le poids des vers qui la rongent.

515. À La Semblance Des Natations Hasardeuses : Charge 2/2

Posted in meurtre with tags , on janvier 3, 2020 by 1000morts

Les portes se referment. Seule dans les pièces creuses.

Lever de soleil sur les parois incurvées. Son expédition aux fréquences tronquées. La peau horizontale des échelles couchées. Où les lettres du crime s’énumèrent d’elles-mêmes sur les surfaces parcheminées. Pas d’âge ici. Pas d’âge.

Liz pense à son château de paupières qui flambent dans la cité-crépuscule.

Toutes les tours, carrées comme un jeu de l’oie, bouffées de lézardes, renaissantes dans les flammes, et tous leurs balcons, bétonnés d’os acier, elle joue aux yeux avec ses mains, animaux invisibles dansent parmi ses phalanges, la chair qui brille rouge devant les bougies, tous ces autels où s’achèvent les figurines de glaise, elle touche le bois et sa jonction, ce grand instrument qui joue avec le vent des tempêtes et flotte vers les nouveaux continents.

Enfant sauvée des croyances nocturnes.

Liz dresse son candélabre à quatre branches. Frappé de monnaies. Son profil clairsemé. Et cet œil sans pupille qui la regarde en salivant. Elle sent l’odeur du café. De l’humidité derrière les garde-robes. Elle sent le bois se réchauffer sous sa main. Palpiter sous sa main. Elle guette les réactions. Les coulées de glaire pour téléportation.

Viol autour du feu. Ses poignets fusionnent de fer et de rouille. Elle nage dans l’eau froide. Son ressac oculaire cautionne tous les meurtres du matin.

L’ombre projetée sur les membranes tendues.

Sa vision à quatre bras, trois jambes et deux têtes. Absorbée en elle-même, la lune d’une issue à la chaux, sa salive se répand, acide comme une mer d’intranquillité, tapisse les couloirs, silence des pièces évidées de la viande, statues dressées sous la lumière électrique, Liz commence à marcher sous la pression.

À la semblance des natations hasardeuses.

Son cœur ralentit au contact du bois poisseux. Il glisse sous ses doigts. S’enfonce dans sa gorge. Et finit sa course dans un repli de chair, quelque part dans une autre paupière.

514. Montée De Liz Aux Peaux Veinées De La Colline Intérieure : Charge 1/2

Posted in fantôme with tags , on janvier 2, 2020 by 1000morts

J’aimerais être un fantôme, dit-elle. Dans ces veines entaillées de bois sombre. Dans la couronne de roses sur son front. Et sur son épaule, une bifurcation.

Un croisement de regards murmurés dans l’obscurité.

Rester tranquille. Dans la quiétude d’un ordre. Le souffle de l’appartenance qui fait trembler les feuilles de cerisier.

Ici les enfants n’ont pas à se baisser pour les ramasser.

J’attrape tes yeux dans l’éclair de l’écho.

Cette voix qu’elle attend.

Ses mots suspendus comme des jardins où elle dévisse.

Elle aimerait être vôtre.

Sa forme blanche dans un verre d’eau. Montée aux boisseaux de douleur. Elle agite les bras et les jambes, dessine des chimères dans l’air du matin qui vient.

Mais dans les tunnels sous Byble, le soleil est une pierre autour du cou.

Sur le tranchant d’un matin qui ne vient pas.

Liz pose les paumes sur la peau verticale. Elle attrape les regards dans la chaleur de leurs yeux. La fiévreuse beauté doublée de hurlements. Son abîme dérisoire. Son autre abîme de fourrure charnue. Sa perte entre les ventres et les reventes. Les visages qui lui font face font leur marché ; entament la part qui leur revient ; du temps où l’ours était le lion, aux arènes où la mène sa mère d’intranquillité.

Elle monte aux bois qui recouvrent la colline de l’intérieur.

513. Elle Voit Les Brasiers Du Sang Frapper Monnaie : Jugement 2/2

Posted in immolation with tags , on janvier 1, 2020 by 1000morts

Liz monte les marches. Le rideau s’écarte. Le rideau rouge. Marches de bois. Planches organiques. Les foules du vitriol. S’affolent dans les courants d’air.

Ce goût sous sa langue. Le sens du partage. Ondes électriques parcourent.

Mériter la récompense.

Mensonge. Toujours pleurer. Elle monte les marches.

Chaque bois le blanc ou le noir, damier des incohérences, elle cherche à sentir, à humer l’air dans ses poumons, le sens de ses bronches, les battements d’harmoniques, elle voit les méduses flotter dans l’air, les chants de fréquences, elle voit les visages de ses juges, dans la pénombre des tunnels et des anfractuosités.

Ces visages aux paupières lourdes.

Eux qui reflètent. Eux qui jouent aujourd’hui aux lueurs, aux lucioles, aux ardents dans les combes, dans les feux de Saint-Jean, et Liz voit les aigles s’élever dans le feu, elle voit les cœurs brûler sur la scène, elle voit les mains soudées aux accoudoirs, elle voit les baisers du sang frapper monnaie, elle voit son visage sur des disques de soleil, elle voit ses bras dessiner des ellipses de chaînes, et devant elle ces rangées de mannequins qui jugent.

Derrière elles des portes qui claquent, des garde-robes qui s’effondrent en bas de falaises, des araignées géantes qui absorbent lentement les cauchemars des enfants nus, Liz sait qu’elle a tort ; elle sait que la justice est une peau de charme laissée au vestiaire.

Liz attend que quelque chose se passe.

Les lignes qui épousent. Les contours se refermer.

Dessiner des portes et des gradins. Des instruments. Des voies de chemins de fer.

Sifflement. Liz relève la tête. Presque sourde aux commandements, elle s’enfonce dans le mensonge. Elle s’enfonce malgré tout. Elle s’enfonce.

Les mains liées dans le dos, elle baisse la tête. Devant elle les torses ploient sous les applaudissements. Elle sent la matière glisser le long de son dos.

S’amplifier dans les plis de sa robe. Mériter sa récompense.

Attendre. Attendre. Attendre la cadence des multiplications.

Tissu rouge, devant les montages et les paroles, dessin sur sa peau, reflet de ce qu’elle pense, toux racleuse dans les poumons d’égouts, trop droite pour sentir quoi que ce soit, pas de troc des chairs ici, Liz prend ce dont elle a besoin dans les bancs de viande et les mélodies répétitives du jugement dernier. Elle voit certaines lignes dévier vers les rails du commencement du jour. Et revit ses prémices comme une accusation.

Debout sur l’estrade où les lumières convergent, appuyée sur la balustrade de bois clair, sous la lumière des poursuites nocturnes, à couteaux tirés et tout sourire, ici peu importe qui a tort ou raison, qui échange et qui vend à perte, ici où le diable prend ses aises, voyage dans les marges, Liz ne fait aucun cas des lignes de chance qui s’alignent sur les paumes de ses mains.

512. Venin Des Myrtilles Dans La Glace Des Étangs Gelés : Audience 1/2

Posted in exécution, poison with tags , on décembre 31, 2019 by 1000morts

Entrée des lames à rebours. Images des reflets, boucles sonores, sa main posée sur l’eau saumâtre, réflexe des pores qui boivent dans l’obscurité du matin, lumière des soleils blancs, dissonances, et sa mélodie incorporée dans les rayons d’aurore irradiée, consonnes dévoyées sur les nationales secondaires, les routes de la boue, ornières où les corps se relèvent, et dans l’arrière-fond la chanson des souffles, l’emphysème des chœurs antiques, une note plongée dans le feu nourri de la chair, herbe couchée, la foule se rassemble sur le champ des deniers, cet homme qui distribue les cartes, sa bourse pleine d’épées, son cœur au fourreau, pièces de métal sans tain, pendu par les pieds il harangue le public, debout sur son outre vivante, sa baleine échouée au goût de tourbe, il réunit le jury des procès du levant, ici les silhouettes couchées sous le poids des glaives, une image dans la glace des étangs gelés, prononce les sentences.

On dit qu’elle va tomber, dans l’eau froide où déteignent l’ombre et le venin des myrtilles.

Ces milliers d’yeux noirs frottés contre le liège enflammé.

Collés contre eux-mêmes dans la décollection d’un abîme dédoublé.

Ici les têtes roulent, appuyées de mécanismes et de métaux rares. Ici coule l’eau lourde et forte des collines hautes. Mais ici les spectateurs s’unissent dans la vision.

Les phrases se répètent. Les phrases de la lune.

Garder l’eau dans la bouche suffisamment longtemps.

Garder une partie du corps.

Échelle qui descend.

Serpents qui montent.

Échelle qui descend.

Tous les anges se morfondent.

Dans le miroir leurs reflets d’anophèles, sans bruit sans bruit ils descendent aux tombeaux.

Aux tribunes du choix. Où sent l’alcool la bouche des vermines.

La bouche qui choisit. Mais ici convergent les silhouettes du jugement dernier. Et la peur de la chute n’entrave pas l’escamotage des fondations.

511. Oiseaux Enflammés De Soleil, Traces Du Royaume Incandescent

Posted in famine, maladie with tags on décembre 30, 2019 by 1000morts

Odeur des machineries, l’obscurité s’ébranle dans les tunnels. Des instruments gémissent aux bifurcations de la perte de soi, légère accélération du pouls, elle appréhende les pulsions de la terre, des crevasses sous la pulpe, cris et cercles, elle creuse l’océan sous la colline, ses mains nues, les ongles sales de ténèbre, ici nous sommes, imprégnés du lait jaunâtre des cartons anémiés, ses échos égrenés, bois tes pensées, bois la sève de gratitude, elle erre dans les couloirs de cathéters européens, trop tard pour regretter, trop tard pour remonter dans la piscine, son réservoir d’eau pure sous la maison, du cœur à la montagne, perdu dans son cercle de vapeur, sauna de pierres sèches, ici les rues qu’elle fait la nuit, les rues électriques qui raniment les machines fatiguées, démangeaisons au creux du bras, « j’étais frappée par l’élongation du matin » dit-elle, ces éclats de murènes dans la vue, squelettes dansants sur une peau d’orange, le parfum du piment, ses cheveux ramenés en arrière, Liz aux bras de branches, remonte la sève vers la racine des siècles et des siècles, là où chair et pierre, chemise blanche sur peau blanche, bras levé vers les moulins à vent, le souffle à rebours, sa forme malingre exposant ses maladies aux moteurs obscurs, la faim la faim, test terminal, elle finit sur une feuille de dessins d’enfant, à avaler les couleurs pour trouver la sortie, d’une montagne l’autre, cœurs battus de chiens sans souffrance, nuits de lignes électriques, pluie violette qui retrouve les nuages en contre-haut, vers les biospots de chair humaine, caravane s’ébroue dans les souterrains, de l’étoffe des vitres brisées, courbant l’échine du son, ici assouvissant ses désirs d’asservissement, Liz au cœur-montagne, revient revient sans cesse revient revient d’un étage à l’autre, ici l’enfer aux cercles centrifuges, ses dents que des crocs bras braqué sur la lumière et l’autre derrière le dos, habitude de rock-star, lumière qui se brise aux abords de l’aurore. Elle penche en approchant de l’extrême-centre. Elle penche vers les couleurs sourdes, ses doigts entamés de poudre blanche, elle prend le train en marche, abuse des crépuscules comme on abandonne des chiens trop laids dans une contre-allée de minuit, détruits par l’absence, en quête de colère-serpent, des six cents déplacements de la main qui invoquent, taches blanches taches noires qui se poursuivent, la haine pitoyable, la haine du soleil noir, la haine du retard et des portes dérobées, des enfants ployés sous l’échine, le bruit des moteurs qui s’enclenchent sur les quais vides, de la dernière lune et Liz qui s’ébroue dans l’étoffe même du matin, dans les artères démantibulées d’une essence rare, coups de canon dans la face cachée du soleil, trop tard pour s’éveiller ici, trop tard pour les pièces capitonnées de sève, seul au milieu des foules, cette odeur de train lâché dans la nuit, d’oiseau enflammé de soleil, traces du royaume incandescent, sous l’océan les chemins du lendemain, début de la route, impasse des démons qui s’engagent, machines affolées de songe, tu brilles de couleur se dit Liz, du métal de l’iris, du verre cassé inséré dans la paupière du ciel, quand les reflets sont tessons, s’évasent s’y brillent la chance et la cécité, les longues introductions au parlement des oiseaux.