540. Liz Baise La Terre Sur Huit Côtés : Retour 1/2

Elle marche en silence sans quitter sa salle des chandelles suspendues. Toute cette graisse agglomérée ; ces chants de poussière épaissis par la nuit. Elles prennent feu mais restent froides. Elle marche sur le vent, sur la douleur dans ses doigts, ses doigts arrachés aux racines, ses branches diluées dans la ferveur de la pierre.

Elle peut tout, nue dans la magie. Épouser la ville. Enfanter la maison.

Dessiner des ombres avec le feu.

Enfler jusqu’aux larmes, tailler un masque dans la peau des visages, épuisé, abattu au cœur des forêts, les rivières en rues, n’avoir plus de nom, fusionner les extrêmes, ne pas partir finalement, en finir ici, laisser le temps filer, doigt percé des rouets, la procession lente, le doux cliquetis des doigts sur les machines, paumes éclatées contre l’impossible vérité, l’aveu qui ne viendra plus, les fleuves se joignent, vitraux enflammés par la lune ascendante, j’ai bien caché mon jeu dit-elle, cartes dans la manche, la prestidigitation de la haine de soi, corps qui flottent devant les yeux, Liz aux courants souterrains, ses bras caressés de remous, la plante de ses pieds mouvante sur les serpents liquides, elle compte les pas qui restent, les pas jusqu’à la terre.

Baiser la terre sur huit côtés. Rejouer les scènes dont personne ne brise un mur.

Refaire la vie du tranchant de la main.

Elle aurait pu fumer dégoulinante de lumière dans la chaleur du matin.

Liz s’enfonce dans la vase, dans sa musique d’immobilité, dans ses fusées qui explosent, dans ses yeux attachés aux écrans, dans sa bouche pleine de peinture au plomb, elle descend les étages vers l’extrême-centre, l’un après l’autre, marcheuse d’enfer confiée aux dieux de l’alliage, tatouée de la tête aux pieds, des cailloux qui pointent, des galets lavés par les courants magnétiques, franchir la distance de la peau à la peau, sentir les battements de cœur, les déplacements aux piscines intérieures, descendre encore dans les anfractuosités sous le monde, aux chiens enchaînés, aux grues d’où l’on tombe, repousser s’insérer attendre, elle serre les bras contre son corps et se laisse engloutir par la colline obscure.

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