Archive for the passage Category

460. Pour Cécité Des Ombres Portées : Extrême-Nord (6/4)

Posted in passage, pourrissement with tags on novembre 9, 2019 by 1000morts

Sous son cadavre le vide. North pousse vers le bas la probabilité de trouver du son. Un siège pour sa cathèdre utérine. Sous ses mains l’attente, les miettes de corps, le compost du vivant, les vers qui s’entortillent contre ses yeux et l’ongle des pierres aiguisées comme des chardons.

Henry North passage vers le néant.

Une porte à sa silhouette. Creusée de veines à la forme de ses doigts.

Les baleines échouées, leurs formes énormes contre le ciel de la nuit, la nuit en volume, la nuit en creux, un son qui dit le passage, North au-delà s’enfonce de la terre sous les ongles, une terre qui ne vieillira pas. Boucan dans le vaisselier, il se bouche les oreilles, verres assiettes services brisés, et sous la lune de sang, North émerge à Tikal fredonnant aux esprits un air de flûte répétitif comme un corps enchaîné et la cécité des ombres portées.

381. Entrée Du Vitriol Au Visage Des Sorties Chromatiques

Posted in passage, reproduction with tags on mars 6, 2010 by 1000morts

Quelque chose s’est niché derrière sa peau.

Il sent le couteau palpiter près du coeur, puis descendre vers l’estomac, bifurquer, creuser son nid.

Par ondes de plaisir physique. Des paradis interconnectés, où il revoit les ombres de Messaline sans plus se souvenir de son nom.

Il peut se retourner, elle n’est pas là, il n’y a que le jardin, l’étrangeté du jardin dans la pénombre, avec ses animaux taillés, ses buissons à l’affût, la neige de printemps sur un île de l’Extrême-Centre.

Accouché, Chrome maudit, à moitié dans la lumière descendante, se sent guetté, tout ce possible l’effraie. Des foetus de peur le hantent, des bocaux de vitriol, l’instabilité des mondes sans force de gravité, les corps flottant dans leur exosquelette de ténèbre.

Il se voit lui aussi dans un tube de verre, précipitant au contact des composants chimiques, creuset, son oeuvre au noir inachevé mais il est temps, pour lui, de partir.

De chercher les artefacts et rebrousser chemin.

Involuer jusqu’à la descendance. Sauter de corps en corps.

Jaillir comme une falaise.

Sa spéléologie du Levant. Chrome espère, et doute. Mais il sait n’avoir pas le choix.

Alors il martèle encore, et encore, le bois rugueux de sa porte de sortie.

370. Passager (9/10)

Posted in demembrement, passage, Uncategorized with tags on février 23, 2010 by 1000morts

– Ne bougez pas. Ne les regardez pas dans les yeux. Laissez-les s’amuser.

Malgré la lumière avancée, ce ne sont que taches sombres autour d’eux, se fondant et s’extirpant sans logique. Un grondement sourd réveille son foie malade. Et la mort passe devant ses yeux.

Ils restent immobiles un long moment, le regard brouillé par la sueur, des ronces prises dans leurs jambes. L’essoufflement, la fatigue criminelle. Et là, devant, partout, derrière, comme un exosquelette de mastication.

– Non, surtout, ne bougez…

Le Passeur est soulevé de terre et projeté dans l’ombre. Sa trajectoire coupe le cercle et tous se jettent sur lui.

Il n’y a bientôt plus personne pour menacer le Passager, figé dans sa dernière attitude : les bras tendus et le corps en avant. Avec cette tension tenace dans les muscles, preuve que c’est bien lui, même s’il en doute sincèrement, qui a consenti le sacrifice. On ne récrit pas le passé.

Les bruits issus du Passeur sont proprement dégueulasses. On déchiquette sa peau, ses liquides éclaboussent les canines, le serpent de viscères file dans les hautes herbes. Le Passager n’attend pas de savoir si le festin est à leur goût : il se retourne, discrètement et à pas feutrés, commence à franchir les grilles. Elles ont disparu.

Un rire éclate comme un applaudissement.

367. Passager (8/10)

Posted in meurtre, passage, Uncategorized with tags on février 20, 2010 by 1000morts

Et c’est une course-poursuite. L’homme sort une arme à feu de la doublure de sa veste, un objet improbable, chimère de pistolet à amadou, de colt et de visée à infrarouges. Seule l’arme les sauve pendant un temps, des ombres qui glapissent à leur odeur, des mâchoires qui arrachent le vide, de ces espèces de visages qui ne ressemblent à rien. Un moment, le Passager se retrouve à terre, des griffes plantées dans l’épaule, un souffle sur son oreille, et sert déjà son goût de peau sur un plateau d’argent.

Un nouveau coup de feu, l’un des derniers, dégage son prédateur dans un éclair de fumée, d’autres accourent pour leur part du gâteau, et tous deux reprennent leur marathon. Le cimetière défile, arbres, arbustes, buissons tordus par le feu, des flaques nauséabondes reliant les autels, le soleil fléchit, ralentit comme ils détalent encore, évitant des massifs de crocs pour tomber dans un traquenard, des toiles tendues se révèlent vêtements en loques, et toujours le second Passeur entraîne son client, déboîte presque son bras meurtri qu’il ne lâche pas, son silence ne répond qu’aux hurlements de l’autre, une main en avant pointant son tube d’acier, et les grilles s’approchent, reculent, jouent une valse étrange au fil du sentier qu’ils ne peuvent quitter, au risque de se retrouver l’un d’eux.

Le Passager commence à penser qu’il ne doit plus guère rester de balles, et pourtant son guide n’a pas rechargé. Les éclairs jaillissent encore, faisant plier les échines ou déchirant les toisons.

A quelques mètres de la grille, ils sont encerclés.

364. Passager (7/10)

Posted in passage, Uncategorized with tags on février 17, 2010 by 1000morts

Avec un bruit de déchirement, le Passager émerge de sa chrysalide. La voix qui le soutient et les mains qui lui parlent ne ressemblent pas à celles du Passeur. Un autre homme, endimanché, passablement blême dans sa lueur d’épiphanie mais impeccable dans sa mise, chapeau claque, habit de cérémonie, gants blancs, moustache fine et lustrée, cheveux aile de corbeau et brillantinés, et ce parfum qui éloigne la brume.

– Il n’est plus temps de reposer, souffle-t-il. Relevez-vous. Vite…

Le frémissement de ses yeux résonne au bruissement agitant l’obscurité résiduelle.

– … ils approchent.

361. Passager (6/10)

Posted in enterrement, passage with tags on février 14, 2010 by 1000morts

Le Passager sent la terre bouger sous son ventre. Fin du coma éphémère. Cela lui chatouille l’avant-bras, le biceps, picote ses jambes de fourmi, remonte l’échine et serre la nuque, réveille les battements de son cœur en trois vagues, puis le sang est filtré à nouveau, et son foie lui fait mal.

Des mains cliniques l’extirpent par l’avant. N’était-il pas couché sur le ventre quand le premier Passeur a rebouché l’ouverture ?

349. Passager (5/10)

Posted in enterrement, passage with tags on février 11, 2010 by 1000morts

La terre sera glacée. Ce ne sera pas du tout ce à quoi il s’attend. Rien de doux ni de proprement nocturne. Il ne lui viendra que des phrases préenregistrées, du genre : rien de tout ceci n’est réel. Et peut-être sera-ce le cas. Il n’aura toutefois rien de plus réel à se mettre sous la dent que cette terre roide. Figée dans son hiver perpétuel.

Son mouvement propre est une pourriture amenée sur la chair du vivant. La surveillance dans la colonie est trop forte : beaucoup s’enfuient, traînent de plus en plus loin du cœur, de l’Extrême-Centre. Et descendent. La plupart se perdent, restent où ils sont, où ils se retrouvent. Souvent dans une cellule peinte à l’émail, couverte de croix, avec des pyjamas à rayures et une confrontation démente dans les yeux. Souillent leurs matelas au mur.

Quelques-uns récupèrent une partie de la mémoire commune, savent où aller. Ils l’écrivent pour d’autres, publient des feuilles sous le manteau. Décrivent les courbes larges qu’il faut dessiner, les torsions qu’il est tellement nécessaire d’imprimer sur la route pour qu’elle épouse la voie à suivre. Et atteignent les dernières maisons avant le vide.

Seuls importent la survivance des faubourgs, et le froid qui parfois prend la terre alors même qu’on étouffe en contrehaut. Et la pellicule si fine de réel qui sépare de l’autre Khalaï.

On saura juste ce qu’il faudra chercher : un champ de pavots inverse. Et le moyen de le chercher : courber la cité dans le pli du coude. Malgré le froid intérieur.