509. Séparation Des Bandes-Son Et Des Bandes-Image

Ses pas d’interzones l’ont menée jusqu’à la chambre au balcon. Figure du dross enfoncée dans les reins de la nuit. Liz absorbe les relents de pierre brûlée et les rêves inaboutis, couchée sur le côté dans une pièce d’égalité. Ici où les brouillards s’échappent par la porte-fenêtre, visage de la ville offerte aux serpents, sous les étoiles doubles, les constellations du mensonge, vertige du sol au sol, sentir à tout pris, Liz noyée dans sa chambre morte, endormie dans sa torture persane. Ici où elle défait le cordon de sa robe et enserre les dieux de l’éclair.

Elle ouvre la porte, ses pas font craquer le plancher du grenier, un corps abasourdi sur la verrière, son souvenir d’épeire apeurée, à peine rassasiée de photons, la peau parchemin, Liz sépare les bandes-son et bandes-image ; pendant que s’épuisent l’énergie et les clartés projetées, elle appesantit sa main sur les réseaux d’exfoliants. Ouvre les paupières du monte-charge.

Liz pénètre dans la maison dans la maison. L’odeur pourpre des draps mouillés, cette chambre qui ne communique avec aucune autre, pas celle à peau de serpent, pas celle des soixante-six gouvernantes, pas les balcons rehaussés de tessons, ici un lit un miroir et des reflets, des reflets sans fin dans les pièces minuscules abandonnées par le sommeil, une ombre aux yeux clos dans le repli d’un couloir invisible.

Elle emprunte le couloir aux mausolées, ronflements dans les chambranles, espaces où l’on copie des exactions, couloirs couleur de marais, placards creusés de murs, bureau des masturbations, chambre des retournements, fantômes cachés dans les replis d’un rideau de douche, miroir des spectacles sans public, Liz descend les marches du frottement, balcons de tessons toujours, placards horizontaux où les arcs-en-ciel viennent mourir, et c’est le paradis des morsures, et c’est la descente aux os de verre, et c’est un goût d’acier sous sa langue, et ce sont les placards escamotés de cendres, et le quadrilatère de mots secrets.

Les carreaux sont froids. Bleus, blancs, parois vitrées, espaces glacés, puis c’est la flamme, les boîtes incendiées dans la pièce aux impressions, les fleurs qui prennent feu, l’odeur de plastique et de vernis qui se craquellent, lignes téléphoniques qui ne mènent à rien, sinon aux hululements le long des poteaux et derrière les masques des nouveaux morts. Liz suit le dessin des serrures jusqu’aux corps de femmes plongés dans l’acide. Ils dansent sur les carreaux de gel. Ils dansent d’un point précis à l’autre, dessinant des véroniques et les six cents passes du seigneur d’absolution.

Jusqu’aux pièces de traduction, où les os se voient à travers la pulpe du bois. Liz pose un disque sur la platine. Compte à rebours les dénominations du temps. Examine ses clients sous toutes les coutures.

Elle passe les jonctions, caresse les corps endormis sur les canapés, les coffres vides, traverse les salles à manger, les portraits trop ressemblants, les photographies d’illusion, et dans les salles où s’entrechoquent des yeux d’os, la musique, les rassemblements du semblable, Liz se couche sur le billard.

Puis c’est la cuisine et dans le hall d’entrée microscopique, Liz hésite.

Ses tarentules internes ont beaucoup plus que huit pattes et deux crochets.

Ici ses huit pattes recroquevillées sur un abdomen du déchirement ; là ses crochets brandis aux fondements même du plâtre et du calcaire. Aux cavernes sous la lune. Aux grandes cités pleines de l’Extrême-Centre.

Disparition.

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