Archive pour juillet, 2009

153. L’Obsidienne Et L’Obéissance

Posted in maladie with tags , on juillet 31, 2009 by 1000morts

– Va, ma Chienne d’Ombre, équarris cet imposteur, tombe-lui sur le râble et détache les attaches de ses membres, corromps sa circulation sanguine, infecte ses urines, solidifie son ichor, que son corps soit son propre crucifix.

Syphilis ne répond pas, nul besoin, son existence même est preuve d’obéissance.

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152. Qui Est L’Enfer Où Nous Nous Trouvons ?

Posted in passage with tags on juillet 30, 2009 by 1000morts

Hors des tunnels, Chrome émerge dans une montagne. Sans le savoir, il est Passé. Les lieux ne lui sont pas familiers. Une caverne immense, couleur safran et rouge en strates successives, qui virent au violet et au bleu en partant vers l’horizon. Et au centre de la caverne, un cairn aux proportions cyclopéennes. Un Plan totalement inconnu – on  lui a pourtant implanté la totalté des cartes connues, en quatre dimensions, il connaît les Grottes fumantes de Khalaï, les Semi-Plans Obliques de SInhef Zone², les Filets Suspendus de SillyCone Alley, tous les sols organiques, les fusions chair & métal, les boyaux d’apesanteur, les Trous de Verre de Skylight, mais rien de semblable à ceci.

Chrome est en Enfer. Mais de qui s’agit-il ?

151. Vision De Liz : En Matrice De L’Acceptation

Posted in commerce with tags on juillet 29, 2009 by 1000morts

De l’autre côté, Liz est l’œil de l’acceptation. Elle évolue dans un univers 3D où la pression atmosphérique est moindre, où le rire du Diable résonne sous chaque pierre polie. Liz est Low, sourire du oui, points sur les i, matrice de tout accord non négociable.

150. Les Douze Heures De Chrome A Tikal : Douzième Heure

Posted in meurtre with tags , on juillet 28, 2009 by 1000morts

La porte du corps ouverte, Chrome tombe nez à nez avec une douzaine de gardes armés jusqu’aux cheveux, et du lourd dans l’artillerie, à la limite du mortier – il y en a même un qui a une grosse bertha à la place du bras gauche. Autant dire que la fin de soirée commence mal pour le G-man en goguette. L’homme en black dégaine son arme réglementaire et perce des trous au hasard tant que l’effet de surprise se traduit encore en immobilité hagarde face à lui. La riposte, c’est comme la cavalerie, ça prend peut-être son temps au début, mais ça finit par débouler. Et à la limite, plus elle attend, plus les cris sont joyeux. Traduction : les quelque dix gorilles encore debout tentent joliment de lui redessiner la silhouette sur la porte refermée à coups de .38. Chrome ne prend pas son temps, ceci dit, et il n’y est déjà plus quand les balles reniflent l’endroit où il a apparu. Mais la rafale le suit comme une queue de plomb et sa vision paraît ralentir. Un vieux truc à lui, hérité de l’espace courbe d’Einstein – comme quoi, le point le plus rapide n’est pas toujours la ligne droite, à moins de pouvoir traverser une pluie de fer et en sortir vivant. Chrome est au milieu de la bande, son deuxième flingue dans sa deuxième main, celle qui tire au pif tandis que l’autre profite d’un œil pour cibler les plus coriaces, notamment la grosse bertha et son socle de viande. Souple, la panthère qu’est Chrome dégage une percée dans les rangs, ils sont maintenant huit à terre et quatre qui se tournent dans tous les sens pour trouver le gars en noir qui joue les moustiques mortels. Eux-mêmes portent une chemise blanche qui adopte le rouge pourpre qui fait fureur dans les salles de garde, à Tikal. Mais Chrome se planque derrière un corps et une moitié lui sert de rempart, histoire d’aviser la seule autre porte du coin. Problème : il y a trois molosses apeurés entre elle et lui. Chance : le demi-corps qui le cache plutôt correctement appartient au porte-bertha. Il lui faut moins d’une seconde pour insérer un doigt à la base du cortex, se connecter au réseau neuronal et prendre le contrôle du bras canon puis balancer un coup de fusil à éléphant qui fait valdinguer deux des gars et emporte carrément la moitié du troisième. En position de force, Chrome se relève lentement, s’approche du dernier des mohicans, figé dans sa glace de stupeur, appuie un tube d’acier sur son crâne et en disperse le contenu sur la marmelade de cadavre. Il inspire une gorgée d’ichor, se frotte les mains sur un morceau de chemise encore vierge, et pousse la dernière porte qui le relie au jour.

149. Le Petit Cinéma Coagulé De Tim S. Glass

Posted in decorporation with tags on juillet 27, 2009 by 1000morts

Les coupures de journaux s’accouplent, déchirées dans leur longueur, aux moignons d’émissions de radio, elles-mêmes entées aux extraits des programmes du matin sur les chaînes cryptées. Le Bardo Thödol gît déchiqueté au bord de la table d’opération. Glass a posé sa tête dans ses mains. Ses doigts entrouverts redécoupent son réel. Des bouts d’images, surtout des sons, défilent d’un doigt à l’autre. Chacun une antenne dressée ; chacun son propre poste de retransmission ; chacun la fin et le médium.

Des passages de vieux porno, des pulps radio avec image de structures fréquentielles, peintures abstraites et ultraréalistes, des rebuts collés sur la toile avec des tranches de membres humains coagulés. Un spectacle déprimant, Glass se relève et se sert un autre verre.

148. L’Oubli Et L’Obsidienne

Posted in meurtre with tags , on juillet 26, 2009 by 1000morts

– Syphilis, fleur de lys, dit Wier en lui caressant la gueule. Je vais avoir besoin de tes obsidiennes, à nouveau.

La jeune femme aux cheveux d’un brun noir, longs, si longs qu’ils semblent un Léthé, sa robe blanche comme un fleuve de rosée, et sa peau aux tons changeants, frotte sa joue contre sa jambe. Elle ronronne de plaisir, les paupières closes et un sourire aux lèvres, un rictus d’assassin, quand les triangles d’obsidienne sortent de sous ses ongles et s’agitent mollement au bout de leurs câbles de chair fins et interminables, si fins et interminables qu’ils paraissent des cheveux arrachés à la Gorgone.

147. Les Douze Heures De Chrome A Tikal : Onzième Heure

Posted in metamorphose with tags , on juillet 25, 2009 by 1000morts

«… Mort…» La voix résonne encore quand Chrome se relève, chancelle, fait quelques pas, tâtonne ses poches – Ils ont même reconstitué mes vêtements – dégaine son flingue et considère les onze portes qui l’entourent, dans la pièce carcérale ovale où il s’est éveillé.

On dirait que quelqu’un veut jouer.

Il ferme les yeux et regarde avec ses yeux de chair, ceux avec lesquels son agent de liaison le scanne après une mission, son agent qu’il surnomme Dieu, ses yeux de viscères, de canopes, de globes neuronaux, un passage après l’autre, les vibrations du piège. Rassemble les informations en un faisceau unique et double, assez fin pour pénétrer ses iris à travers la couche de peau.

Ils peuvent venir, j’ai de quoi les attendre. Il ne dit rien mais sa mâchoire prononce les mots du silence avec les nanomouvements du somnambule. Chrome inspire lentement, à fond – après ses yeux, il emplit ses poumons de données. Les parfums décodés, l’odeur hypnagogique, la fange du dragon endormi, l’antre des croque-mitaines, tous les fleuves de serpents nourris au sein par Tikal.

Je vous sens, mes chéris, votre puanteur dépasse l’entendement. Chrome ouvre ses mains en éclosion, étend ses bras, chaque pouce carré d’épiderme nervuré se réincarne en neurotransmetteur. Tous sons charriant leur fragment d’espace en déplacement ; tous spectacles recelant son contact, le formica de la table, la rondeur du verre, le carré rugueux de la serviette dessous ; les parfums s’imprimant sur sa langue, aspirés par les pores comme autant de gueules.

Déglinguez-moi tas de merde, fouraillez, dézinguez, déchiquetez, émondez. Une demi-heure plus tard, Chrome replie ses bras sur son visage et écoute, le son des incendies, la clameur du souterrain, l’impérieuse musique qui n’est elle aussi que fréquences. Tout se mêle dans ses intestins, bouillonne, putréfié et liquéfié par l’acide.

Quelques minutes avant la douzième heure de la nuit, sa langue entre en action, forge la clé, la serrure et le chambranle, et Chrome transfigure son corps en porte vers la douzième heure de la nuit.