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003. Le Paradoxe De Shannon

Posted in meurtre with tags , on mars 3, 2009 by 1000morts

– (…) anger, ne mettez pas le pied deh (…) a pluie s’abat sur tout le pourtour méd (…) rnier ouvrage, il dépeint d’admirable faç (…) général, Mrs. Kearney, ne s’apitoyait certes pas sur (…) pas imposs (…) frande ne satisfît personne, voyez-v (…)

Il coupe l’enregistreur. Rembobine. Porte la cigarette à ses lèvres, grésille, rougeoie, repose la main, recrache la fumée qu’il aspire du nez aussitôt. Bâille, ses cheveux roux parcourus de l’autre main, font un bruit de bien-être de chat. [Play] L’enregistrement repart, et c’est la même bande-son de tout à l’heure, la même que depuis dix-sept fois qu’il l’écoute. Ça dure quarante-cinq minutes environ. Au bout de quoi il appuie à nouveau sur [Stop].

Il faut trouver le sens, pense-t-il encore, la serrure. La clé, c’est facile, c’est une paire de ciseaux. J’ai aussi toute une panoplie de rossignols, OK. Mais la porte ?

Le Rouquin quitte la table – son formica, ses reliefs, son paysage désolé de fin de déjeuner – et s’approche du mur, de la statuette suspendue par un fil de pêche invisible. Elle ne projette pas d’ombre. Ses six doigts sont dressés devant elle, tenant un couteau large, son sourire part d’une oreille jusqu’à l’autre, plein de dents en plusieurs rangées, ses yeux sont écarquillés. L’un noir, qui observe, qui analyse, qui ricane ; l’autre blanc, ouvert sur l’intérieur, comme un portrait de Modigliani.

Son nez frôle le bois du couteau, à présent. Et le Rouquin d’entendre le frôlement de musique qui transpire des pores – La Mélopée. Il est sur le point de s’ordonner sur la fréquence de l’appel en provenance de l’intérieur. Il voit déjà les paysages de sable, le rouge des collines creusées par le vent, la sécheresse dans sa poitrine, cette caverne gigantesque entre ses côtes, et l’appel du dieu cornu, la danse macabre, du sexe et du vent, la cataracte, l’immortalité au prix de la mort permanente, les champs de pavots inverses…

Il recule d’un pas et brise le bruit blanc du silence, ce bruit qui pousse un gémissement, cette brise du râle. Rallume sa cigarette et fait mine de ne pas remarquer le sang qui dégouline de l’œil blanc. Ramasse ses ciseaux, coupe la radio et prend sur la pile son premier journal de la matinée, qu’il déploie.

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