531. Sa Langue Fissurée D’Angles Goûte Le Bruit Des Filaments Qui Cèdent : Dénuement 2/2

Posted in devoration, noyade, poison with tags , on janvier 19, 2020 by 1000morts

Des oiseaux, ici ?, se dit-elle. Des oiseaux qui plongent pour dévorer leurs proies. Des oiseaux immenses à son visage. Ils dévorent son foie, le lieu de tous les échanges, un creuset où tout le monde frappe, maisons de carton et de bois flotté, tomber dans les couloirs pour ne plus se relever, musique qui suinte des murs, sa propre petite cathédrale de toile et d’araignée.

Dans sa bouche un jardin d’écailles.

Penchée sur un mouvement, morceaux d’étoffe immobiles malgré la tornade, zébrures sur ses bras, vomissures, les dents pointues dessinent des autorisations sur ses bras, l’effet secondaire des préméditations.

Ce goût acide du poisson-globe. L’air qui pourrit tout. Ses poumons enflammés par l’eau. L’étincelle des remous.

Monocorde, sa voix sous influence. Drapée de dorsales, Liz parle aux surfaces. Les grandes cités vides où l’air est l’eau.

Sa langue se recroqueville. Fissurée d’angles. Elle sent la colère. Engloutit les épaves. Elle goûte le bruit des filaments qui cèdent.

Démangeaisons non euclidiennes. Sous ses pieds le sol qui remonte.

Elle touche le fond et émerge, bougie de fèces vouée à la solitude, recrachée sur la grève dans un grand rire sans écho.

530. Trois Serpents Tremblant Dans Les Courants Ascendants : Dénuement 1/2

Posted in noyade with tags , on janvier 18, 2020 by 1000morts

La faim des mains pour se tenir debout, entrée des mots parade des imbéciles, Liz abuse de la vase et des voitures noires au fond des mers. Colline des amoureux dans la lave souterraine. Doigts qui fusionnent. Branchies sur iris. Souffle de l’attente. Sept mouches planant dans les courants.

Elle sent sa peau flotter sur les os.

Les lames recourbées dans ses cheveux. Abreuvées aux reflets des téléviseurs éteints. Plus elle lutte, plus ses robes s’effilochent, emportées par les eaux, peintes de visages sans visages, globes oculaires sortant des poumons, griffés de dents de sabre, cette raclure au fond des bronches, cent ans de solitude dans la nuée, toutes ces bulles sans message, ce parchemin qui s’envole, elle tend les ongles, attrape le soleil des jonctions, où la roche se fendille et la lumière se sépare.

Tragédie en deux actes et trois tableaux.

Une prière pour sentir encore l’électricité dans les membres. Aviver la flamme des grenouilles d’orage. La danse des fossiles sur son visage. Ces troupes de la magie.

Liquide noir dans les oreilles, sa robe à côté d’elle comme un imposteur, figure de la peur et de l’inquiétude, du désir et de l’insistance, sa robe à côté d’elle comme une danseuse de kabuki, blanche dans son tourbillon, et cette ombre portée sur ses paupières lourdes, trois serpents tremblant dans les courants ascendants, trois félins du meurtre, et cette musique noire dans ses oreilles, cent ans d’insolation dans les caveaux.

Doigt dressé vers le palais d’os. Victuailles dans les replis de sa robe évasée. Labiales et palatales. Consonnes dressées contre leurs maîtres. Voyelles du sexe dur.

Ces bulles qui s’enfuient de sa bouche, elle marchant sur les eaux, loin de la grève, dans les remous de sa langue, elle goût d’alcool, Liz prière amère, et ce miroir noir posé sur ses yeux, cabines grimpant aux racines des montagnes, elle petite fille attachée au tronc, dans la nuit des décombres, dénudée dans l’eau parmi les arbres, ses cheveux dessinant les contours du courant, les couteaux à dépiauter jetant des éclairs, sa robe enfuie, son ombre chevauchée d’hippocampes, sous son drapeau de calcaire les troupes du poitrail, leurs sourires béants, leur beauté imprononçable, et cette eau dans sa bouche, cette eau partout, cette poix du dégoût, livide et nue, à pieds joints dans la roche, bras tendus pour toucher les bords de l’océan, l’infini borné des fleuves, l’eau, cette eau dans ses yeux, cette eau de trouble pour ne pas voir qu’elle est à nu.

529. La Musique Lente Des Confédérations : Chute 6/2

Posted in exécution, passage with tags , on janvier 17, 2020 by 1000morts

Quand elle sent le limon céder sous ses mains, elle sait qu’elle est remontée vers les profondeurs.

Son ciel d’eau enfoncé comme un clou dans la nuit indigo.

Hommage aux grandes cités vides sous la lune.

Mais ici la lumière n’atteint pas. Elle choisit la lâcheté.

Remonte vers la surface. Abandonnant derrière elle. Sautant dans le vide. Drapée d’espoir ; touchant la peau bleue des avenues, échangeant d’apparence avec le reste du monde, pourpre de sang, perdue pour toujours dans la foule, entourée de bulles d’acier, étoiles filantes, constellations qui perdurent, clouent ses bras sur le bois passé, ici son monde se réduit à des muqueuses, l’assemblage de ligaments qui fait sa vie, puis tout s’espace, se dilate, elle voit les poussières dispersées dans le vent, dans son dos les femmes couronnées d’étoiles, celles qui piétinent les anciennes créatures, réunies dans des motels, soleils d’opale où les miroirs sont d’eau lourde, troublée seulement par des fleuves à ses yeux.

Sa bouche trouve l’air.

Son jeu de serpents et d’échelles.

Perdue dans les labyrinthes où seule une voie mène au dénuement.

Les pièces magiques, cases cachées, cartes de l’assentiment, dés pipés qui remplacent le hasard, elle dévisse dans le ciel, pose une main sur le dernier embarcadère, repousse l’eau de l’air, bulle d’humidité dans la sécheresse des visages de larmes, les montagnes ne bougent pas, casse l’aileron, viole les jardins cramoisis, Et Liz se demande, pourquoi ressent-elle ?

Elle tourne en rond dans les eaux noires, Et Liz se demande, que reste-t-il ?

La musique lente des confédérations, autour des cendres dans les pièces froides, ces corps allongés parmi la chimie et les molécules étranges, pourquoi s’assemblent-ils ? Ils rient sous la peau bleue des oranges. Se prennent la main. Plongent au royaume quand elle en émerge.

Dans son empire de larmes.

Elle franchit les doubles fonds. La magie dérisoire des lunes calmes.

Emportée par le flot, elle pense à ses doigts sur un clavier. Ses doigts qui dansent autour d’une petite boîte annelée quand les horloges sonnent le soir. Tête baissée tous les deux. Sans le réconfort du goût de l’alcool sur sa langue.

Sa prise la trahit. Plus moyen de continuer.

Plus de force dans les doigts.

Fillettes attachées à des hommes aveugles.

Ces images qu’elle repousse. Dans la salive intérieure des montagnes.

Mentir et sourire.

Éviter de trop faire souffrir.

Clouée sur sa croix de mensonges.

528. Larmes Coagulées Sur Visage De Régolite : Chute 5/2

Posted in demembrement, effondrement, noyade with tags , on janvier 16, 2020 by 1000morts

Le froid pénètre.

Tout entre en elle.

L’écartèlement du goût sur sa langue.

Vraie à elle-même. Le sel et sa lagune.

Toute sa vie comme un poids qui l’entraîne vers le fond.

Portée par les oiseaux brillants, elle picore les miettes de limon. Fait face à la solitude.

Laisse entrer l’eau. Laisse tout entrer. Muette aux cris des confins.

On échange les apparences des années plus tôt.

Nos formes mouvantes dans le courant. L’importance de ce qui n’en a pas.

Elle boit l’alcool sur sa langue. Écoute les voix qui se bousculent.

Vit pour les autres.

Respire pour les autres. Et c’est un air différent qui s’injecte dans ses poumons. Ici elle est seule.

Le manque d’oxygène coagule des larmes à ses yeux. Ce manque est en elle.

Elle n’est que creux.

Ses poumons s’effondrent sur eux-mêmes. Visage de régolite. Plis amers de la bouche. Grève, jetée, plusieurs pas au-dessus des flots.

Sa barque est d’os. Elle piétine l’embarcadère et jette son poids.

Noie ses étrangetés. Avale les secousses. Laisse le monde saigner à mort.

Frappe le bois du creux des doigts.

Hoquetant dans les remous.

Sac de toile.

Secouée d’inondations.

Lentement vers le bas.

527. Après Le Baiser, Cimetière Des Najas En Furie : Danse 2/2

Posted in suicide with tags , on janvier 15, 2020 by 1000morts

Liz prie la nuée. Disperse les particules au bord des fleuves souterrains.

À ses pieds, l’eau s’enveloppe de furie, griffes contre les ongles, et l’acier terminal des jetées, vidé de tout sauf la douleur. Après le baiser, entortillé autour du cimeterre. Danse des enfants et des animaux morts-nés, enterrés dans la terre qui les repousse, derrière les buissons qui flambent, nés dans la violence des prières et des meurtres de soi.

Liz invoque des ombres chinoises contre ses doigts.

Et plonge dans les fleuves de najas furieux.

526. Boules De Douleur Baissée Vers Les Berceaux Invisibles : Danse 1/2

Posted in involution with tags , on janvier 14, 2020 by 1000morts

Prêtes pour la danse. L’alcool dans leur bouche a le goût du sang ; il lutte pour être avalé, se mêle à la salive, aux bactéries, appuie sur les chairs et la muqueuse des pleureuses. Elles ne la reconnaissent pas. Tout ici ralentit quand les silhouettes tremblotent. Il fait froid. La peau frissonne malgré la fourrure.

Liz nue dans les vents contraires. Appuie sa main sur son front, brûlant de fièvre.

Elle croise les femmes en rang d’oignon. Parmi les claies et les sentiers du désert.

Deux par deux, boules de douleur tête baissée vers les berceaux invisibles insérés dans la terre. Elles dansent des filles de joie, des navettes qui vont et viennent, des fuseaux où tout cesse et tout échoue, souvenirs de brisures, coutures apparentes, main dans la main elles lèvent les yeux et sautent leurs danses d’araignées, filent le parfait amour, tendent des cordages pour piéger les cauchemars.

Liz voit des visages rougis par l’effort, la tension des battements de cœur, les planchers et la dissimulation, elle prend la mesure des espaces, et cette tendresse insoutenable, comme un rasoir mélodieux, sur sa peau l’écartement des parois, Liz descend vers le ventre et c’est le vent qui la porte, chœur de chevelures, pas de deux autour des viscères, son urne bien au chaud, et déjà l’éternuement des poussières, main dans la main, tête baissée vers les petites boîtes effacées, les planchers sourds, et cette silhouette minuscule qui s’évanouit quand chante l’aurore.

525. Comme Généalogie Des Bâtisseurs D’Épaves : Chute 4/2

Posted in meurtre with tags , on janvier 13, 2020 by 1000morts

Tomber dans l’abysse est une façon de remonter à la surface.

Les tunnels ressemblent de plus en plus à un réseau de veines.

Elle attend l’écrasement ; elle appelle l’écrasement. La fin du temps, le courant d’air derrière la pierre, ces colonnes d’hommes tendues vers le plafond, ces étais squelettes, ossatures des générations successives, leurs cages blanches dans la terre noire, cité construite sur un meurtre, holocauste qui se dresse comme une vague, et leur peau blanche enserrée dans les barreaux, collée aux givres, animaux froids fixés à la terre, Liz pense à elle, ces pattes d’une même araignée, bruit des griffes sur la toile, leur basalte intérieur, papillon comme feuille morte tombée des bras secs, Liz bat des ailes mais la terre s’est déjà fermée sur elle.

Elle se relève. Pose une main à terre. Bascule sur la pierre. Agenouillée du silence, comme un bec enfoncé dans la gorge.

Ce poids sur l’épaule.

Couleurs d’hommes ascendants, ces photos encadrées près de la cheminée, ces cendres et leurs yeux partis en fumée, leurs mains parties en fumée, leurs verges parties en fumée, ces bâtisseurs d’épaves, assemblés en cercle autour de la table où elle s’allonge, elle pose les paumes sur ses yeux clos quand l’horloge sonne les six coups de minuit.

Cette odeur de chat fendu, se dit-elle. Et qui joue du piano dans la maison vide ?

524. Où Liz Danse Sa Danse D’Épées Tournoyantes : Chute 3/2

Posted in commerce with tags , on janvier 12, 2020 by 1000morts

Et toutes ces voix dans les cités vides. Elles sont ici, au bout du doigt contre la tempe, derrière le vitrail qui marque l’arrivée, l’heure du coucher, ces millions, ces nuées.

Elle caresse le vent du bout du doigt. Mime des éclatements sonores. Les propos du mensonge. Elle fait semblant de tomber. Ces mains qui se tendent. Ces poings qui n’ont que la peau sur les os, ces poings malingres pointés vers le soleil interne, vers son visage qui sourit, l’air horizontal se dérobe de chaque côté de son visage, doux comme une fourrure, doux comme un parfum, les fleurs qui poussent dans les mâchoires, parmi le miel et les araignées du ponant, elle descend dans les étages, change d’avis, se déleste du poids qui la plombe, vierge dans l’air du soir, démarre sa nuit au long des voies ferrées, charge le calcaire dans les voitures de la veille, embauche les hommes et leurs montres à gousset dans l’encolure des paupières, travaillent ici, travaillent dans les impasses et les contre-allées, servent le béton armé et la cimenterie du diable.

Sur la colline le soleil émerge rouge faible mâché.

Dans sa cave ultime, Liz compte les os qui lui restent pour jouer sa vie aux dés.

Les voix d’échos se referment comme une boîte.

Des millions dans les tunnels, autant de clés sans serrure.

Sa voix se penche sur la branche des bras tendus, lourds de fleurs brunes, aveugles dans la nuit. Liz s’étend brusquement.

Rien n’oppose la peau de ses bras et la terre glacée. Ses cheveux se mêlent aux graviers, aux pierres rénales, aux remèdes absolus. Elle vend ses parfums pour des miracles, attire le chaland par sa danse d’épées tournoyantes, et garde l’entrée de la tente pour qu’aucune créature ne s’en échappe. Leur sang pulsant dans les oreilles où résonnent les autres voix.

Change d’avis.

Étale ses cartes d’état-major sur les tables du festin. Et prend, dans l’incandescence des soieries vitrifiées, la pose d’une tête brisée de trop de voix.

523. Derrière L’Ossature Extérieure Des Métamorphoses : Sécheresse 2/2

Posted in metamorphose with tags , on janvier 11, 2020 by 1000morts

Elle suit les hiéroglyphes de la pointe des doigts. Les couleurs primaires dessinent des corps flottant aux rétines. Ces vaisseaux inassouvis. Ces vaisseaux brisés sur la grève. Leurs corps vidés par un peuple aux crochets et dents de sabre, sang noir et blanc, griffes sur la peau, la fin de l’histoire, elle monte et chute dans un océan, grêlée sa peau d’os essuyée du plat de la main. Liz remonte le fil des origines dans la chambre bleue où la chair s’attendrit.

Ici le flux des ondes remonte le courant.

Ici son visage contre ses mains rencontre les rêves lents et la machinerie d’obscurité.

Elle grandit ; elle vieillit.

Là-bas s’enfoncent les galions et la mariée échouée. Des éclats de chansons disséminés sur l’air. Guirlandes de vibrations là-haut, l’ignore des raccourcis.

Là-haut s’évasent les arcs-en-ciel et la fanfare des crépuscules, arrière-goût métallique, ici la mort, ici la mort. Elle avance ; elle cache.

Acide en son flacon. Elle sait les avancées, ces enfants qui se cachent sous la table, les fruits du pacte, ceux qui franchissent les frontières et tombent éclatants dans la familière poussière d’étoile filante.

Le prix du repentir, ces mots qu’elle ne pensait pas prononcer, ont un goût sur le palais, transpercent l’ossature extérieure, la tourbe des métamorphoses.

Ici la main qui tient le tissu de larmes.

Vers l’ouest, montée des échelons, la lumière du feu, le craquèlement des cris du lion.

522. Ici Dans La Nuit Sanglée De Corps Vides : Sécheresse 1/2

Posted in noyade with tags , on janvier 10, 2020 by 1000morts

Cette main sur mon visage, dit-elle. Liz s’assied dans la boue. Relève les genoux. Pose la tête. Nouant les fils de sa narration d’hiver, son industrie menaçante, la traduction d’un sommeil sans rêve. Puis elle regarde un visage. Ces enfants réunis autour de la table, agenouillés verticaux devant les pierres gonflées. Des animaux parmi eux, un clin d’œil mortel, effondrées silhouettes dans les allées de bois noir. Échos des ciseaux qui caquettent.

Le long de son lit d’eau, deux heures sonnées aux prières des veilles sans rêve, elle s’étend dans l’eau blanche irradieuse, sa tête tournant et retournant, jouant avec le courant, tourbillon de vent et de lest, ployée dans le silence, tous ces enfants disparus l’un après l’autre, leurs corps creux embrassés de terre, elle les voit en cercle autour de la table, leurs paumes dressées contre le ciel, dessinant des murs de crochets et la forme qui passe. Les larmes à ses yeux. Les larmes à ses yeux. Son diamant d’opale excavée dans la sueur.

Liz joue avec le tissu du songe. Ses ongles dans les paumes. Toutes ces couches qu’il faut défaire. Elle joue sur l’onde, forme noire creusée dans la forêt, ces troncs pétrifiés sur l’os, tendus aux côtes et pénétrant la viande.

Ici dans la nuit sanglée de corps vides. Les larmes à ses yeux.

Les larmes à ses yeux. Son labyrinthe de corps. Prix de la pénitence. Regret des hérésies.

Ses deux mains sur les yeux, vision du double abîme.