Archive for the maladie Category

378. Enumération Des Symptômes De La Peste

Posted in maladie, Uncategorized with tags on mars 3, 2010 by 1000morts

Dans le vide aspirant de l’âme qui implose, Wier pense. Les soutanes défilent par vagues, dévoilent leurs ustensiles, les outils du remembrement, les cellules s’organisent en lettres. « Déjà tombés aux vers », articule-t-il dans un piaillement de sexe infantile. Wier sent les odeurs du marais, ses ouailles des roseaux de fonte, qui coulent. Effondrent leurs dynasties du poison. Amassent leurs particules de feu. Et dans la pénombre, c’est la pseudomonarchie de Wier qui énumère ses symptômes de la peste.

365. Règle N° 1 : Ce Qui N’Est Pas Eclairé Est Déchiqueté

Posted in demembrement, maladie, Uncategorized with tags , on février 18, 2010 by 1000morts

Sans lumière, elle change de monstre.

Des morceaux de peau traînent encore çà et là.

Scansion obsédante de la vérole.

Applaudissements dans les coulisses ; Phylis déboule sur le devant de la scène, les bras levés en quinquonce avec la tête de travers et les jambes qui s’affollent.

Elle ne joue pas le jeu comme il faut.

Elle s’effiloche dans la poursuite qui la perd.

Ce qui n’est pas éclairé est déchiqueté ; Phylis ne dure guère au jeu cruel des épidémies.

Elle est pourtant centrale, celle qui refuse d’obéir aux didascalies.

Syphilis récrit les données, la distribution, dessine ses propres décors – cependant que l’ombre de Wier demeure en creux sur chacune de ses répliques.

363. L’Epidémie Rossetti

Posted in maladie, Uncategorized with tags on février 16, 2010 by 1000morts

Rossetti est tout et indivisible, l’oeil dans la boîte, précipité sur la grille, frappé au coin de la rétine, perclus.

Son rythme est de la paupière cousue en mode ouvert, pulsant aux pointes et saignant sa larme au spectacle de la douleur.

« Ici règne l’odeur des spectres », malaxe-t-il sur son piédestal, trois marches menant aux oubliettes de Rossetti.

Nile est autre, différant.

Son souffle est court.

Sa vision en in/out permanent, un stroboscope inintelligible.

Nile est idiot, assoupi flasque dans la peau de Rossetti.

Mais il voit.

Les virus qui rongent la peau de Rossetti.

La brièveté de son champ de vision.

La peste qu’est Nile.

337. Passager (1/10)

Posted in maladie, passage with tags on janvier 30, 2010 by 1000morts

Entre les tombes du cimetière de Byble, ils vont et viennent par grappes. Ils refluent, cette marée donne le mal de mer en pleine banlieue. Ils dessinent des sentiers provisoires.

– Ça lui a pris quand ?

La voix éraillée du Passeur ricoche entre les stèles. « Au moment de la conjonction. Ou juste avant, je ne sais plus.

– C’était comment, ici ?

– Pas pire qu’ailleurs, j’imagine. Le plus dur, c’étaient les débris. Du moins, ceux qui marchaient encore. Ou qui claquaient des mâchoires.

Mégot lancé parmi les ombres, le Passeur se relève, frotte ses mains sur les jambes de son pantalon, rajuste son haut-de-forme. Et jette un œil au-delà de la rivière. La nuit tombe comme un paquet de linge. Quelques sons encore : feulements dans les herbes rares et les bulbes, lacérations, courses dans la lumière des inanimés. Fondu enchaîné sur le visage du Passager, sa peau lâche, son teint de craie, ses yeux enfoncés. Un masque sous des touffes grises.

– La rumeur courait depuis longtemps sur sa santé mentale… détériorée. « On l’a retrouvé en pièces, dans toute la moiteur d’une alimentation déficiente. » Voilà ce qui se disait.

Le Passeur lève la tête.

– C’est ce qu’un journal a écrit dans sa nécro.

– On l’a enterré ?

– Oui.

– Ici ?

Silence des engoulevents : la chasse est ouverte. Les troupes conquièrent de nouveaux espaces, attaquent les bancs opaques, éparpillent. Le carnage est bref ; la nourriture, abondante.

La silhouette du Passeur se détache lentement sur les nuages en mouvement. La couleur rouge du monde s’éclaircit sur les bords, dessine de molles anamorphoses. Des visages. Des griffes. La forme du silence. « Quelque part, on n’a pas le droit de savoir.

– Les frayeurs se dissipent, pourtant. La nuit porte conseil.

– Il y a des conseils qu’il vaut mieux ne pas entendre.

Flash : l’incandescence de la mort lente. La fumée du goudron s’échappe de sa bouche.

– Croyez-moi.

– Me direz-vous avant le jour ?

La buée sourd de sa peau comme une lampe-tempête.

– Rien ne saurait m’y contraindre. Pas même leurs régurgitations.

La nuit, le jour. Une autre nuit.

336. L’Epiphanie Des Humeurs Mauvaises

Posted in fantôme, maladie, operation chirurgicale with tags on janvier 29, 2010 by 1000morts

Le corps comme décor, colonne vertébrale en tourbillon de chute, gorge du silence, tessons découpés dans la matrice, ce qu’on enlève revient hanter, descend au même terminus et prélève à tout va, vision de derrière les yeux, prédictions des chairs tuméfiées, les membres fantômes, Lodger c’est cela : l’immanence du goître, le flanc percé pour inonder ses ouailles, l’humeur qui s’accumule en manière d’épiphanie, l’évanescence qui se déploie et retombe, retombe, creuse les sous-sols qu’elle transforme en ciels.

334. A L’Est, Monarchie Des Dissimulateurs

Posted in maladie, metamorphose with tags on janvier 27, 2010 by 1000morts

L’un est capture, l’autre est ailes. Le virus Wier se répand à nouveau dans les rues de Byble, pollinise ses bacilles, excrète bactéries et nodules, balance des rads par millions dans les replis, expectore sa suie sur les architectures, les maisons individuelles en bandeaux serrés, les immeubles de bureaux qui se succèdent, se font face, se défient, les tours et les formes, les quartiers de l’ouest réservés aux riches, la misère s’accumulant vers l’est, une progression du crime quand l’oeil se tourne vers la droite, Wier vit mieux, respire mieux au Levant. Sa peau s’affermit, ses pores s’entrouvrent comme portes du secret, ses cheveux repoussent après des siècles de confinement dans la terre, ses dents s’enchâssent, ses ongles transforment ses mains en serres, Wier souverain règne sur une monarchie de dissimulateurs.

327. L’Engendrement Mutuel Du Sud Extrême Et Du Nord Interne

Posted in immolation, maladie, reproduction with tags , on janvier 20, 2010 by 1000morts

Aux accumulations de l’extrême-sud répondent les frissons de l’ultra-nord. L’un perché sur le promontoire, l’autre étendu en lac de fusion ; le noir laiteux, suspendu entre cavité et dome, le rouge aveuglant, disperé en sa masse ; North surplombant Glass, un duel sans contact, une escarmouche de cécité.

Le premier au-dessus de sa mer de nuages, le second ce même océan intérieur, qui engendre la multiplication, scandant ses origines, déplorant la maternité et l’engeance, les cabinets de curiosités, les collectionneurs sans âme.

Mendiant aux mains vides quand il faudrait vendre, Glass aiguise ses armes du vitriol.

A l’inverse, North dégoupille l’incroyance et enfonce son poing dans le ressac.

Perpétue le son d’antimatière, perfore la poche amniotique, injecte la semence de vide et referme la plaie des laves.

Le temps à rebrousse-poil s’enroule jusqu’au pixel originel.

Et explose en infinies myriades.

Qui pleuvent leurs grèles, leurs affections, sur son visage à la peau blanche.

Trop blanche pour ne pas être mutagène.

323. Retour De Messaline Au Waldorf Astoria Du Diable (2/6)

Posted in maladie, passage with tags on janvier 16, 2010 by 1000morts

Entrée dans l’amnésie.

Les portes coulissent, closent la vision. Détournent l’essentiel vers des chambres plus obscures, vers des colonnes vertébrales, vers des dégénérescences cérébrospinales, vers des amyotrophies latérales sclérosantes, vers l’assoupissement, vers les auges, vers les loges où les empereurs règnent sur la vermine, où l’on peut enfin se faire chier dans la tête, où les troubles ne sont que ce qu’ils sont, vers la fin des complexes et des galaxies, vers les sutures mal faites, les séparations au cutter, les désiamoisements sauvages, les frayeurs volontaires, l’absence de clés dans cette cage d’escalier vers l’enfer ne nous effrayait pas.

Nous étions de passage.

320. Retour De Messaline Au Waldorf Astoria Du Diable (1/6)

Posted in maladie, metamorphose, mutilation with tags , on janvier 13, 2010 by 1000morts

1er étage, des pièces sourdes, le plafond à quelques centimètres du crâne, l’impassible assentiment du lustre à hauteur des yeux. Des pièces sourdes, et c’est tout l’instrument du déclin qui susurre derrière les rideaux d’organza. C’est l’étage des échanges, des communications, de la magie blanche. Des vases de recueillement, du lilas et du lithium en cachet.

Celles et ceux qui échouaient ici avait la gorge enflammée. La peau gonflait. Ils finissaient par ressembler à des squales. Avec des hauts de forme et l’assurance d’être torturés dans leur chair. Certains lisaient. Les autres violaient une jeune chienne.

L’étage des assoupissements, du dross, des assassins.

Au bout du couloir, la ligne de vie fait un T, une bifurcation qui ressemble à un dernier baiser. Trois portes. Une seule mène au couloir suivant. Les tapisseries cachent des pièges à loup. Y passer la main, c’est désirer la vie de couple pour encore applaudir. A l’ombre des portraits qui bougent, des carrelages électriques, les frottis vaginaux tournent mal. Se dédoubler pour être enfin seul.

Le 1er étage s’espace, gagne en profondeur, réarrange ses épis, moissonne les nubiles, préfigure l’anéantissement dans un simulacre de coït.

313. Le Dernier Voyage De Chrome Sous Sa Forme Actuelle

Posted in maladie, passage with tags , on janvier 6, 2010 by 1000morts

Qu’a-t-il vu sur la carte du monde ?

Une tumeur, purulant au coeur même de la cité. Une araignée gigantesque, sur le dos, les pattes retournées sur elle-même, comme plantée au sol par une pique longtemps disparue. Et cette lumière oblique qui tombe sur elle, cette pluie d’or qui enfante, ce revenant fertile, lui redonne la couleur de la rouille coagulée.

Mais il sait que le Waldorf ne le laissera pas entrer. Pas cette fois. Il doit ruser. Trouver des voies détournées, y compris dans son propre esprit, pour esquisser un Passage des passages, une méta-circonvolution, un voyage autour et tout à la fois au centre de la Terre.

Sauf que ce sera le dernier voyage de Chrome sous sa forme actuelle.