530. Trois Serpents Tremblant Dans Les Courants Ascendants : Dénuement 1/2

La faim des mains pour se tenir debout, entrée des mots parade des imbéciles, Liz abuse de la vase et des voitures noires au fond des mers. Colline des amoureux dans la lave souterraine. Doigts qui fusionnent. Branchies sur iris. Souffle de l’attente. Sept mouches planant dans les courants.

Elle sent sa peau flotter sur les os.

Les lames recourbées dans ses cheveux. Abreuvées aux reflets des téléviseurs éteints. Plus elle lutte, plus ses robes s’effilochent, emportées par les eaux, peintes de visages sans visages, globes oculaires sortant des poumons, griffés de dents de sabre, cette raclure au fond des bronches, cent ans de solitude dans la nuée, toutes ces bulles sans message, ce parchemin qui s’envole, elle tend les ongles, attrape le soleil des jonctions, où la roche se fendille et la lumière se sépare.

Tragédie en deux actes et trois tableaux.

Une prière pour sentir encore l’électricité dans les membres. Aviver la flamme des grenouilles d’orage. La danse des fossiles sur son visage. Ces troupes de la magie.

Liquide noir dans les oreilles, sa robe à côté d’elle comme un imposteur, figure de la peur et de l’inquiétude, du désir et de l’insistance, sa robe à côté d’elle comme une danseuse de kabuki, blanche dans son tourbillon, et cette ombre portée sur ses paupières lourdes, trois serpents tremblant dans les courants ascendants, trois félins du meurtre, et cette musique noire dans ses oreilles, cent ans d’insolation dans les caveaux.

Doigt dressé vers le palais d’os. Victuailles dans les replis de sa robe évasée. Labiales et palatales. Consonnes dressées contre leurs maîtres. Voyelles du sexe dur.

Ces bulles qui s’enfuient de sa bouche, elle marchant sur les eaux, loin de la grève, dans les remous de sa langue, elle goût d’alcool, Liz prière amère, et ce miroir noir posé sur ses yeux, cabines grimpant aux racines des montagnes, elle petite fille attachée au tronc, dans la nuit des décombres, dénudée dans l’eau parmi les arbres, ses cheveux dessinant les contours du courant, les couteaux à dépiauter jetant des éclairs, sa robe enfuie, son ombre chevauchée d’hippocampes, sous son drapeau de calcaire les troupes du poitrail, leurs sourires béants, leur beauté imprononçable, et cette eau dans sa bouche, cette eau partout, cette poix du dégoût, livide et nue, à pieds joints dans la roche, bras tendus pour toucher les bords de l’océan, l’infini borné des fleuves, l’eau, cette eau dans ses yeux, cette eau de trouble pour ne pas voir qu’elle est à nu.

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