522. Ici Dans La Nuit Sanglée De Corps Vides : Sécheresse 1/2

Cette main sur mon visage, dit-elle. Liz s’assied dans la boue. Relève les genoux. Pose la tête. Nouant les fils de sa narration d’hiver, son industrie menaçante, la traduction d’un sommeil sans rêve. Puis elle regarde un visage. Ces enfants réunis autour de la table, agenouillés verticaux devant les pierres gonflées. Des animaux parmi eux, un clin d’œil mortel, effondrées silhouettes dans les allées de bois noir. Échos des ciseaux qui caquettent.

Le long de son lit d’eau, deux heures sonnées aux prières des veilles sans rêve, elle s’étend dans l’eau blanche irradieuse, sa tête tournant et retournant, jouant avec le courant, tourbillon de vent et de lest, ployée dans le silence, tous ces enfants disparus l’un après l’autre, leurs corps creux embrassés de terre, elle les voit en cercle autour de la table, leurs paumes dressées contre le ciel, dessinant des murs de crochets et la forme qui passe. Les larmes à ses yeux. Les larmes à ses yeux. Son diamant d’opale excavée dans la sueur.

Liz joue avec le tissu du songe. Ses ongles dans les paumes. Toutes ces couches qu’il faut défaire. Elle joue sur l’onde, forme noire creusée dans la forêt, ces troncs pétrifiés sur l’os, tendus aux côtes et pénétrant la viande.

Ici dans la nuit sanglée de corps vides. Les larmes à ses yeux.

Les larmes à ses yeux. Son labyrinthe de corps. Prix de la pénitence. Regret des hérésies.

Ses deux mains sur les yeux, vision du double abîme.

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