370. Passager (9/10)

– Ne bougez pas. Ne les regardez pas dans les yeux. Laissez-les s’amuser.

Malgré la lumière avancée, ce ne sont que taches sombres autour d’eux, se fondant et s’extirpant sans logique. Un grondement sourd réveille son foie malade. Et la mort passe devant ses yeux.

Ils restent immobiles un long moment, le regard brouillé par la sueur, des ronces prises dans leurs jambes. L’essoufflement, la fatigue criminelle. Et là, devant, partout, derrière, comme un exosquelette de mastication.

– Non, surtout, ne bougez…

Le Passeur est soulevé de terre et projeté dans l’ombre. Sa trajectoire coupe le cercle et tous se jettent sur lui.

Il n’y a bientôt plus personne pour menacer le Passager, figé dans sa dernière attitude : les bras tendus et le corps en avant. Avec cette tension tenace dans les muscles, preuve que c’est bien lui, même s’il en doute sincèrement, qui a consenti le sacrifice. On ne récrit pas le passé.

Les bruits issus du Passeur sont proprement dégueulasses. On déchiquette sa peau, ses liquides éclaboussent les canines, le serpent de viscères file dans les hautes herbes. Le Passager n’attend pas de savoir si le festin est à leur goût : il se retourne, discrètement et à pas feutrés, commence à franchir les grilles. Elles ont disparu.

Un rire éclate comme un applaudissement.

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