349. Passager (5/10)

La terre sera glacée. Ce ne sera pas du tout ce à quoi il s’attend. Rien de doux ni de proprement nocturne. Il ne lui viendra que des phrases préenregistrées, du genre : rien de tout ceci n’est réel. Et peut-être sera-ce le cas. Il n’aura toutefois rien de plus réel à se mettre sous la dent que cette terre roide. Figée dans son hiver perpétuel.

Son mouvement propre est une pourriture amenée sur la chair du vivant. La surveillance dans la colonie est trop forte : beaucoup s’enfuient, traînent de plus en plus loin du cœur, de l’Extrême-Centre. Et descendent. La plupart se perdent, restent où ils sont, où ils se retrouvent. Souvent dans une cellule peinte à l’émail, couverte de croix, avec des pyjamas à rayures et une confrontation démente dans les yeux. Souillent leurs matelas au mur.

Quelques-uns récupèrent une partie de la mémoire commune, savent où aller. Ils l’écrivent pour d’autres, publient des feuilles sous le manteau. Décrivent les courbes larges qu’il faut dessiner, les torsions qu’il est tellement nécessaire d’imprimer sur la route pour qu’elle épouse la voie à suivre. Et atteignent les dernières maisons avant le vide.

Seuls importent la survivance des faubourgs, et le froid qui parfois prend la terre alors même qu’on étouffe en contrehaut. Et la pellicule si fine de réel qui sépare de l’autre Khalaï.

On saura juste ce qu’il faudra chercher : un champ de pavots inverse. Et le moyen de le chercher : courber la cité dans le pli du coude. Malgré le froid intérieur.

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