Archive pour janvier, 2010

328. Eveil Des Races Obscures

Posted in demembrement, devoration, fantôme with tags , on janvier 21, 2010 by 1000morts

La congère lui transperce le foie. Cette somme d’incrédulité aspire la matière, la concentre en sa glace oculaire, tourbillonne entre deux monstres des fondations, les formidables gardiens du troupeau souterrain, toutes races obscures, celles qui traînent bordées de soie, celles qui perdent morceaux et lambeaux, celles qui ingèrent toujours et toujours meurent de faim, celles dont l’échine s’épanouit en éventails d’acier, celles qui s’enroulent sur un poing et s’endorment dans un océan de nuit, celles enfin qui hantent les cercles concentriques.

Le petit peuple pyramidal comme nation d’esclaves pour Glass, s’éveille au cri du maître.

Quand North plonge son poing dans le magma, son ombre ne lui appartient déjà plus.

327. L’Engendrement Mutuel Du Sud Extrême Et Du Nord Interne

Posted in immolation, maladie, reproduction with tags , on janvier 20, 2010 by 1000morts

Aux accumulations de l’extrême-sud répondent les frissons de l’ultra-nord. L’un perché sur le promontoire, l’autre étendu en lac de fusion ; le noir laiteux, suspendu entre cavité et dome, le rouge aveuglant, disperé en sa masse ; North surplombant Glass, un duel sans contact, une escarmouche de cécité.

Le premier au-dessus de sa mer de nuages, le second ce même océan intérieur, qui engendre la multiplication, scandant ses origines, déplorant la maternité et l’engeance, les cabinets de curiosités, les collectionneurs sans âme.

Mendiant aux mains vides quand il faudrait vendre, Glass aiguise ses armes du vitriol.

A l’inverse, North dégoupille l’incroyance et enfonce son poing dans le ressac.

Perpétue le son d’antimatière, perfore la poche amniotique, injecte la semence de vide et referme la plaie des laves.

Le temps à rebrousse-poil s’enroule jusqu’au pixel originel.

Et explose en infinies myriades.

Qui pleuvent leurs grèles, leurs affections, sur son visage à la peau blanche.

Trop blanche pour ne pas être mutagène.

326. Retour De Messaline Au Waldorf Astoria Du Diable (3/6)

Posted in disparition with tags on janvier 19, 2010 by 1000morts

2e étage, celui des prévisions, des cartes solaires, des atermoiements, de la nostalgie du futur, des effritements. La peinture s’écaille, les sirènes de police sont dans les conduits auditifs, et la répression fonctionne si bien que les paroles n’ont plus cours. Nous sommes protestants, nous affrontons la nature dans ce qu’elle a de plus dégueulasse.

C’est le niveau des artificialités, du plastique moulé, du blanc et des encaustiques. La tiédeur du pétrole contre la peau, une beauté mécanique, la grande perfection des mannequins modernes. L’amour total qui naît du coma. Le niveau des vibrations derrière les parois, de la douceur, des tissus indéformables, des matières primaires, de la couleur unique. De l’attente aussi, la misère, et l’oubli misérable.

C’est une tristesse qui flotte sous les globes, entre dans les narines, parcourt les systèmes, les billes de mercure, les dérivés, tout ce qui sent la main de la femme.

L’étage, la dernière fois que nous l’avons visité, semblait disparaître.

S’estomper.

Couler dans l’éternel répétition. Nul n’y survivait.

Le 2e étage, où la vie s’était figée, où le codex prévoyait le passé.

Iris qui se ferme. L’heure est aux remembrements.

La vie à l’envers. Accumulation et sang mêlés. Quelque chose comme une poupée de griffes qui abriterait la clé des sous-sols.

325. Vision De Syphilis En Pietà Des Greffés

Posted in meurtre with tags on janvier 18, 2010 by 1000morts

L’onde est terrible, c’est un tremblement de tous les membres, tous ses milliers millions de membres qui vibrent à l’unisson dans la parfaite incompréhensible partition de la colère et des meurtres avortés.

324. Passage De Chrome Déchiqueté Par Des Crocs

Posted in disparition, passage with tags , on janvier 17, 2010 by 1000morts

Le vent soulève ses cheveux noirs, corps qui ondule, yeux à trop voir, aveugles. Ses vêtements noirs, blancs, volètent. La gravité d’un instant, d’ores abasourdi par l’élévation et déjà appesanti par le vol. Sa serpentance démarre lentement, gentiment, il pourrait encore battre des ailes ; les nuages sont gorgés d’eau mais secs à sa gorge. Ils se percent à son passage, vomissent leur moiteur sur un sol qu’ils imaginent. Au centre de tout, en contrebas, ce point vers lequel il chute, ce point unique de l’alunissement en plein jour. Sa statue de saint Pierre, ce regard oblique, qui oblige à détourner le visage ; cette certitude de l’erreur. Tout s’accélère, Chrome se jette à toute vitesse vers la meute enragée, babines bavantes, crocs urticants, griffes, lames, tout un hérissement de pointes et de tranchants dressés vers sa pauvre enveloppe si facile à la scie, au scalpel, mais Chrome n’est plus là, ce qu’il était n’est plus, Chrome a disparu dans un flash de magnésium ultraviolet.

323. Retour De Messaline Au Waldorf Astoria Du Diable (2/6)

Posted in maladie, passage with tags on janvier 16, 2010 by 1000morts

Entrée dans l’amnésie.

Les portes coulissent, closent la vision. Détournent l’essentiel vers des chambres plus obscures, vers des colonnes vertébrales, vers des dégénérescences cérébrospinales, vers des amyotrophies latérales sclérosantes, vers l’assoupissement, vers les auges, vers les loges où les empereurs règnent sur la vermine, où l’on peut enfin se faire chier dans la tête, où les troubles ne sont que ce qu’ils sont, vers la fin des complexes et des galaxies, vers les sutures mal faites, les séparations au cutter, les désiamoisements sauvages, les frayeurs volontaires, l’absence de clés dans cette cage d’escalier vers l’enfer ne nous effrayait pas.

Nous étions de passage.

322. Autolame Aux Strates Ocres De North

Posted in immolation with tags on janvier 15, 2010 by 1000morts

Arrivée aux souterrains, au dessous des tables en pierre. Les labyrinthes de l’organe. Les circumnavigations et les volutes, la compilation de ses névroses, de ses pertes, lui faisaient craindre le pire. North en son anonymat, le nom d’un lieu, sa mutation sur la route, un sentier creusé par soi, en autolame.

La perforation des parois du rêve.

North sanguin, entame la descente aux espaces du chaud, du safran, des strates ocres, des repentirs, récollection des nécroses, la dernière porte avant l’humide abandon aux pièces sans buée.

321. Comme Une Chair Absorbée In Utero

Posted in devoration, disparition, immolation, noyade with tags on janvier 14, 2010 by 1000morts

Ses os calcinés, Glass prend un instant conscience de sa position centrale dans l’univers. Glass est cavité dans la lave. Puis il est noyé, à nouveau. Et son fantôme règne sur des cascades. L’hypotisme de ses yeux. La rapide agonie de ses hyènes en troupeau. La naissance remplacée. Les bras percés de barrières et l’attaque des chiens. La chance dans les oreilles hors l’église où elle n’est pas. Le sens du tragique, politique de la main tendue, torture électrique, Glass tourne en rond et se retourne et se retourne. Mais son ombre reste gravée en lui comme une chair absorbée in utero.

320. Retour De Messaline Au Waldorf Astoria Du Diable (1/6)

Posted in maladie, metamorphose, mutilation with tags , on janvier 13, 2010 by 1000morts

1er étage, des pièces sourdes, le plafond à quelques centimètres du crâne, l’impassible assentiment du lustre à hauteur des yeux. Des pièces sourdes, et c’est tout l’instrument du déclin qui susurre derrière les rideaux d’organza. C’est l’étage des échanges, des communications, de la magie blanche. Des vases de recueillement, du lilas et du lithium en cachet.

Celles et ceux qui échouaient ici avait la gorge enflammée. La peau gonflait. Ils finissaient par ressembler à des squales. Avec des hauts de forme et l’assurance d’être torturés dans leur chair. Certains lisaient. Les autres violaient une jeune chienne.

L’étage des assoupissements, du dross, des assassins.

Au bout du couloir, la ligne de vie fait un T, une bifurcation qui ressemble à un dernier baiser. Trois portes. Une seule mène au couloir suivant. Les tapisseries cachent des pièges à loup. Y passer la main, c’est désirer la vie de couple pour encore applaudir. A l’ombre des portraits qui bougent, des carrelages électriques, les frottis vaginaux tournent mal. Se dédoubler pour être enfin seul.

Le 1er étage s’espace, gagne en profondeur, réarrange ses épis, moissonne les nubiles, préfigure l’anéantissement dans un simulacre de coït.

319. La Merci De Johannes Wier

Posted in fantôme, immolation with tags , on janvier 12, 2010 by 1000morts

Et c’est de nouveau vers le bas, pense-t-il. Toujours plus bas, toujours. L’odeur des dîners, le bruit des foules, North laisse derrière lui l’existence à défaut de la vie. L’opium de la ville, le fuel des virées. Le vitriol dans les verres, qui allume la peau et explose neurone après neurone. Sa soirée dans les arrière-boutiques des vendeurs de dross l’ont laissé engourdi. North se sent vieillard. Il entend des cris continuels, qui s’auto-engendrent, quelque part dans son oreille interne, entre marteau et enclume. La foule égalisée. Les images courues. North marche mais c’est un autre qu’il voit à sa place, derrière lui, une ombre qui n’est pas celle de son soleil, ni même le double irisé qui poursuit ses cauchemars. Non, North ne reconnaît pas son image mais il sait, d’instinct, s’il est chasseur ou proie.

– Qui êtes-vous ?
– D’ailleurs.
– Que voulez-vous ?
– Remercier.

North sent la pression de deux lèvres sèches sur son cou et l’impression se dissipe. Un courant d’air lui a porté des paroles distantes. Mais son cou lui fait mal.

Là où le fantôme s’est inséré, la brûlure mime une bouche offerte.