309. Je Suis Un Fantôme Dans L’Herbe

Debout dans ce square, en léger décalage. Juste un peu de pelouse, deux bancs dans un arc de cercle caché par une entrée monumentale. A la limite du jardin privé, le nano-parc des idées refoulées. Debout au milieu, à équidistance des bancs, North en éprouve la justesse, l’apostase, l’extase de sainte Thérèse. Il sent ses veines au liquide jaune ; expulse un air étrange, comme vomi par ses bronches ; il est ombre pileuse et monstre du cauchemar, masse au coeur de l’émeraude, son front gravé du soleil couchant. Sa rétine gavée des paupières closes. Puis il marche.

North avance de quelques mètres, toujours aveugle, son étoile à cinq branches prend racine dans l’herbe mouillée. Les vibrisses qui le recouvrent sont terminaisons nerveuses à l’air libre, il prédit les tremblements de terre et les tsunamis, entrevoit les hyperborées et les cadavres engloutis, sait quand il faut louer la lune/indigo et vénérer le soleil/opale.

Je suis un fantôme dans l’herbe, pense-t-il. Je suis un fantôme dans l’herbe. Et la plante de ses pieds spectraux s’enfonce dans les pointes d’herbe, elle se laisse traverser, transfixer, elle fait corps et reste en suspens, North sent l’herbe en ses couches inférieures et pourtant la totale différence qui l’en éloigne, il sait la crucifixion qui est la sienne, hormis la douleur.

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