147. Les Douze Heures De Chrome A Tikal : Onzième Heure

«… Mort…» La voix résonne encore quand Chrome se relève, chancelle, fait quelques pas, tâtonne ses poches – Ils ont même reconstitué mes vêtements – dégaine son flingue et considère les onze portes qui l’entourent, dans la pièce carcérale ovale où il s’est éveillé.

On dirait que quelqu’un veut jouer.

Il ferme les yeux et regarde avec ses yeux de chair, ceux avec lesquels son agent de liaison le scanne après une mission, son agent qu’il surnomme Dieu, ses yeux de viscères, de canopes, de globes neuronaux, un passage après l’autre, les vibrations du piège. Rassemble les informations en un faisceau unique et double, assez fin pour pénétrer ses iris à travers la couche de peau.

Ils peuvent venir, j’ai de quoi les attendre. Il ne dit rien mais sa mâchoire prononce les mots du silence avec les nanomouvements du somnambule. Chrome inspire lentement, à fond – après ses yeux, il emplit ses poumons de données. Les parfums décodés, l’odeur hypnagogique, la fange du dragon endormi, l’antre des croque-mitaines, tous les fleuves de serpents nourris au sein par Tikal.

Je vous sens, mes chéris, votre puanteur dépasse l’entendement. Chrome ouvre ses mains en éclosion, étend ses bras, chaque pouce carré d’épiderme nervuré se réincarne en neurotransmetteur. Tous sons charriant leur fragment d’espace en déplacement ; tous spectacles recelant son contact, le formica de la table, la rondeur du verre, le carré rugueux de la serviette dessous ; les parfums s’imprimant sur sa langue, aspirés par les pores comme autant de gueules.

Déglinguez-moi tas de merde, fouraillez, dézinguez, déchiquetez, émondez. Une demi-heure plus tard, Chrome replie ses bras sur son visage et écoute, le son des incendies, la clameur du souterrain, l’impérieuse musique qui n’est elle aussi que fréquences. Tout se mêle dans ses intestins, bouillonne, putréfié et liquéfié par l’acide.

Quelques minutes avant la douzième heure de la nuit, sa langue entre en action, forge la clé, la serrure et le chambranle, et Chrome transfigure son corps en porte vers la douzième heure de la nuit.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :