108. Confessions De Madame Bathory IV Et Dernière Partie

(Pour mon ultime entretien avec Elisabeth Bathory, une mauvaise surprise m’attend : elle refuse désormais de me voir. La porte restée close, j’attends je ne sais quoi. Peut-être une signe, une parole venue de l’autre côté. Une reconnaissance du passé ; une raison d’en faire quelque chose. La petite plaque du judas est fermée, elle aussi. Elle semble résister, pourtant, à une force de poussée venue de l’intérieur de la chambre-cellule. Mes yeux ne sont qu’à quelques centimètres ; j’élève ma main gauche,, quelque peu empêtrée dans la manche de ma soutane. Sens le fer grincer sous la pulpe de mon doigt. Lorsque j’actionne le mécanisme de cadenas, la plaque s’ouvre violemment et se colle la porte, de l’autre côté de ses gonds. Et c’est une glu, une mélasse noire comme les iris de la comtesse, une boue inhumaine qui s’écoule de la trouée. Elle se répand, lent dégoulinement à l’odeur de rouille, depuis le judas jusqu’au seuil où elle baigne doucement la latte de nickel. Un bruit derrière moi, je me retourne dans un rictus de dégoût et arrive cet homme, conduit par un frère, visiblement aveugle. Il tend sa main libre vers moi et sa bouche se fendille. Il ne frappe pas à la porte, il n’attend pas qu’on lui ouvre : cet être étrange avance la main, pousse simplement la porte qui me restait obstinément close, et pénètre dans la future chapelle ardente de Madame Bathory.)

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