104. Confessions De Madame Bathory II

(La comtesse ne trompe plus personne : ses rides écrivent ses 54 ans sur la peau parcheminée de son visage et de ses mains. Où est passée la femme éblouissante relatée par les légendes ? Et si tous ces contes paysans n’étaient, comme elle le prétend, que tromperies ?) «Ce carnet a-t-il jamais existé ? Je ne le crois pas. Il y serait, dit-on, consigné 650 noms de mes victimes. (Le verre tremble dans la main ivoire qui le tient, bien qu’ils fussent tous deux appuyés sur l’accoudoir. Son regard même trahit le trouble.) C’est très exagéré. Il me paraît que le compte livré par mon cher nain Ibis soit plus proche de la réalité. Trente-sept. Méritai-je un tel supplice pour trente-sept filles de ferme ? La plupart étaient perdues ; les autres, sans usage. Nul parent ne les a pleurées, et du moins leurs cris et suppliques m’ont-ils comblée. Quel ménestrel, dites-moi, pourrait en dire autant ? (On retrouve, dans son regard en cet instant, toute la morgue qui, elle vivante, fut le dernier regard de mort de tant de malheureuses innocentes.) Je leur ai offert une mort totale en échange du dernier de leurs souffles. Un troc des plus honnêtes, ai-je jugé. Et ne vend-on pas en premier ce à quoi l’on tient plus qu’à la vie ? (Je ne peux qu’acquiescer. Mais devant la froide permanence de son raisonnement, je frissonne.)

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