050. La Mangeuse D’Ombre

Messaline passe de mains en mains, s’exhibe, porte un coup fatal aux glandes cérébrospinales, aux rétines, à tout ce qui fixe son image. Messaline, c’est du mouvement, du pixel changeant dans une belle permanence du doute. Messie, c’est du passé à venir, l’aura de la Danseuse, échancrée, amorphe androgyne dans lequel chaque spectateur plonge le sexe souhaité. Messaline explore, du coup, toute la mécanique commerciale de Sinhef Zone². Les étals des marchands d’esclave, où on l’ausculte, invers et envers ; les salles d’exposition où on ne la touche qu’avec les yeux et par le biais de bras articulés ; les spectacles bruyants de la Ruelle Principale, qu’elle traverse tout du long, d’un loge à l’autre, au fil d’un étroit couloir mais interminable et parallèle à la rue. Messaline connaît tout des tentures qui cachent, des sésames du sexe aliéné, des sous-rires goguenards et des clins d’oeil entendus, des cicatrices et de ce qui se tapit dans les petites boîtes greffées dans les poitrines des marchands de SZ². Tout ça pue à ses narines l’indifférencié, alors qu’elle incarne tous les organes fantasmés. « Peut-être y a-t-il une porte, au bout du Couloir, qui mène quelque part autre que ce plan, s’encourage-t-elle. Un rideau masquant une grille, un Passeur prêt à officier dans telle bifurcation du canal majeur. Ou peut-être n’abandonne-t-on jamais vraiment les plaisirs du troc.

 – Surtout, Messie, quand tu es ta propre marchandise.

 La Prodige Elssler se retourne pour ne scruter que l’ombre projetée par sa haute silhouette. Sur ce mur de briques qu’elle vient à haïr, car il lui est perpétuel. « Qui parle ?

 – Mais est-ce que quelqu’un parle seulement ?

Messie frissonne, elle sent à nouveau les doigts brunis râcler sa peau, les ongles ébréchés entailler le matériau, les deux mains néfastes cueillir sa biologie par la force.

 – Personne ne parle, mais tu entends malgré tout, n’est-ce pas…

Elle sent la pelotte de peur remonter dedans sa bouche et dégorger ses barbelés derrière sa langue. Les tremblements sont une fréquence de la chair parfaitement insoutenable, et Messie, dans un flash, se rappelle de ses contes de fée d’enfance et de l’arme à manier contre la ténèbre. Mais une arme contradictoire : « Soit braquer la bougie vers l’ombre, soit…

 Messaline éteint la lumière et l’on entend ce hurlement.

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