031. Back To The Core Motel

La Stude se glisse en douceur sur la place de parking, pile devant l’escalier qui mène à la chambre. C’était le genre de motel sur un rez-de-chaussée et un étage, tout en longueur, en forme de L avec vue sur un ravin en manière de vallée de la mort. Sa chambre: la 312. Vraiment étrange, car les numéros semblaient au hasard, et les clés qui ouvraient les portes étaient des anagrammes chiffrés : la sienne : la 213.

La Black descendit en s’écoulant du siège avant droit, elle avait accentué encore ses traits avec du khôl, ça lui faisait des orbites écarquillés et creusait les joues comme un crâne de fusain. Ses fringues, des alignements de lignes brisées, mouvantes dans l’épaisseur du soir, des jupes plissées à degrés en pyramide primitive, et ses sandales, des ballerines rose fané, un des rubans était encore correctement enroulé ; l’autre traînait derrière elle, son dernier lien au sol, tandis que sa grande cage de faraday du corps chaloupait vers la rampe d’escalier, un bras en avant pour guetter le bois, l’autre serrant un sac de bal contre sa poitrine exigue.

Nile s’abîmait dans sa contemplation. Les signes se multipliaient devant ses yeux en surimpression, il sentait sa transpiration grimper le long de l’échine jusqu’aux alcôves neuronales, Nile grattait machinalement les prodromes aux racines de ses cheveux, se pencha par la fenêtre restée ouverte, sortit le sac de papier brun qui commençait déjà à goutter poisseux et empocha les clés.

Ils montèrent l’escalier. La 31 était située juste avant l’angle du L. Une galerie en bois faisait tout le tour, il y avait même une sorte de passerelle coupée pour faire monter une chaise roulante… ou descendre un cercueil, pensa Nile, sentant l’égouttement empoisser sa chemise. Elle avait du mal, la pétasse, à grimper les quinze marches des trois volées d’escalier.

Arrivée devant la porte, face à l’est. La lune, presque éclipsée, griffait sa rétine. Il s’imaginait, sur un transat au bord de la mer de la Tranquillité, à la fraîche, et devant lui la projection géante de la Divine Comédie sur un grand disque bleu laiteux. La promesse d’une rétribution immédiate lui fit reprendre ses esprits, et il enfonça la clé dans la serrure.

– Chéri, je me sens pas bien, là… Je crois que je vais gerber… On peut pas retourner à la voiture ?

– Tu crois que se refaire une séance de montagnes russes arrangera ton état, salope?

– Me parle pas comme ça…

– Entre là-dedans et fais-toi toute petite, ma souris, si tu veux pas finir en boulette de dross.

Nile écrasa un moustique contre sa nuque et referma la porte derrière lui. Mais il n’alluma pas tout de suite.

Une Réponse vers “031. Back To The Core Motel”

  1. […] Back To The Core Motel By 1000morts Post numéro 31, et reprise d’un texte plus ancien, issu, il me semble, de mes Satyres de la Colère-Serpent. Un […]

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