014. C’Est La Varicelle Des Morts

– C’est la varicelle des morts.

Toutes les petites croix faisaient un vertige, un pouls au bord des yeux. L’air était jaunasse. Ça fouettait sévère.

– T’aurais pas oublié des morceaux, des fois ?

– J’sais pas, impossible de compter s’il en manque.

– Essaie encore.

Tout ça faisait comme une substance de chaleur mercurienne, celle qui aurait eu quelque chose à voir avec le bruit étouffant d’un venin. On guettait l’arrivée des suivants. On guettait la réponse. Les recrachats de la terre, en plein dans l’ironique menstruation de l’Ecole Mécanique De L’Armée, près de la côte, en face de rien.

Qui était-elle ? Drôle de question ; vous voulez dire : maintenant, ou avant ? Hier était jadis. Un jour on est vivant : la veille c’est de la fiction.

 

Elle savait juste que la terre était une pellicule de création, un papier à cigarette comparé aux blocs de ciment qui l’abandonnaient ici. Entourée des autres. Entourée des pages blanches griffonnées, parcourues du frisson exponentiel. Parcourues du raclement souterrain.

 

Les petites croix mutaient, en fleurs d’un rouge formidable. Et ployaient, ployaient juste pour le plaisir du verbe. Elle était là, tâtonnant sa main sur l’enveloppe, pose du cadavre ; la tige en l’air comme quelque danseuse de Sinhef Zone³, les globes étalaient partiellement l’acier du secret innombrable à la surface.

– Il y a un obstacle majeur, qui que tu sois.

– Ouais ?

– Ouais.

La voir se lever, épousseter sa vieille mue, abandonner une patte et l’autre, tailler la route en morceaux. On la suit, elle marche et traverse les filaments entre les trous, petites apparitions hyperlocales. Ce visage avait le bruit d’un supersonique rasant, mais en l’air nulle trace : pas d’ombre pour oblitérer le ciel.

Tel qu’elle était en son passage. La suivre parmi les ­champs de pavots inverses.

 

Une croix penchée par la rouille, fer forgé par les vers, pointe la diagonale de l’enfer. Droit vers un tas de pierres floues, où elle s’engouffre quelle qu’elle fût. La maison avait poussé au cœur d’un sycomore où grouillaient les lentes. Un icare du sol.

Le pavement s’éclaircit : ça donnait à penser. Quelque part entre l’allonge et le bout de la table enterrée, pourrissaient ses pas qui disparaissaient trop facilement. Justement, on la suivait avec son ombre qui bougeait comme contrefort des nuages.

Quelque part entre les grilles, à l’entour des pierres crevées.

 

La folie bizarro était chez elle, bâtisse aux mille deux cents pignons, la Maison-Aux-Poussières-Mouvantes. Elle se déplaçait d’un plan à l’autre, traversait les jonctions, perçait la peau des lieux communs, des papiers à cigarette, des parois exogastriques qui la digéraient et la restituaient, vibrante, à l’éloignement.

Résumé de Liz-la-Morte, intervention liminaire, s’extirpant de la terre souillée en Tikal, la Ville-Aux-Esprits, où soufflent les cent mille vents du Grand Satan Hardcore.

Liz-la-Passeuse, et si pour cela elle devait faire sacrifice de quelque part vitale, pourquoi pas ? Le jeu en valait la chandelle – surtout lorsqu’on tente de gruger le contractant.

Une Réponse vers “014. C’Est La Varicelle Des Morts”

  1. […] C’Est La Varicelle Des Morts By 1000morts Post numéro 14, basé sur l’idée qu’un (futur) mort est emmené près d’un sol servant de lieu de Passage. […]

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