011. Vitriol, L’Origine : Des Trous Dans La Gélatine

Ça l’amusait peut-être pas d’être là à se faire défoncer par un pitbull enragé, mais le fait y était : le petit con n’en menait pas large. Plutôt mince, en fait : ce n’étaient pas ses pilons de bras qui lui donneraient l’avantage sur une paire de rangées crochetées d’enfer. Et la gloire était au bout du fil : pas moyen de se détacher des barbelés hurlants.

Putain de merde de chiotte de putain de merde

– Crache le morceau, sale merdeux, ou je vais faire pisser ton cadavre d’ici trois minutes.

Elle va me bouffer la jambe, cette saloperie de molosse

– Allez, va-y. Qu’on en finisse.

– J’sais rien, putain dieu, j’vous jure, enlevez c’chien d’là, j’pisse le sang, merde !

Le gros molosse à moelle avait tiré un tube en acier de derrière sa chemise trempée, et le pointait droit au visage par terre.

– No problemo, négro. Je t’éclate si tu me dis pas ce que je veux savoir. Maintenant. Ici. Toute la philosophie latine, mon poussin : y a plus que ça pour te sauver la peau.

Un fil invisible étire sa commissure de lèvre gauche. Ça vous tire une bajoue comme un sac de patates trop cuites.

– Et ne t’avise pas de faire une tache sur mon futal.

Ce que Nile laissait derrière lui, en repartant rondement derrière le Baskerville, n’était plus tellement différent d’un gros tas de gelée rose. La couleur mise à part. ça tenait plutôt du blanc, avec de jolies rayures rouges. Le plus étonnant était son extension.

Peut-être qu’il allait se prendre une Brahma, une Brésilienne comme son nom ne l’indiquait pas. Ou une Skol. Ou une Antarctica. Une Caracu ? Une Linha Completa ! Bohemia… Quelques Internacionais bien fraîches.

– Quel sale petit négro. On lui a bien fait sa fête, pas vrai Chéri ?

Un grognement quadripède larsène dans un coin, cible mouvante, farfouille, trouve, déchiquette, mutile.

– T’as vu ses bras ? T’as vu ses sales putains de bras, mon poussin ?

Halètement. Un rat finit sa course dans un estomac et un claquement de mâchoire.

– Il bougeait comme un crabe, le négro.

Chéri revient dans la ligne de mire, sur le trottoir alternatif.

– Quand je vais raconter ça aux autres…

Mordillements de queue. L’élégance consommée d’un onanisme au ras du sol, le cul dans l’humide.

– Le négro avec ses deux bordels de bras gauches !

Il pensait ça, avant qu’une détonation ne sorte de la tête de Chéri, parti crottinant cinq à six mètres devant. Si les chiens exigent une surface verticale pour pisser à son pied, ils peuvent chier à peu près n’importe où.

– Tu sais ce qu’on dit ?

Quel sale petit fils de pute a…

– Si ça a quatre pieds et que c’est pas une table, ça se mange.

Cette voix, sainte Pétasse… c’est pas possible.

– Tu veux savoir quel goût tu as ?

– Wier ?

La sueur l’empêchait presque de parler, maintenant que la seule saveur qu’il aurait dans la bouche serait celle de son propre sang. Il restait quelques traces du Cerbère qui achevait leur lutte avec les pans de sa chemise. On n’imagine pas la distance que peut parcourir la vie quand elle se transforme.

– Ils t’ont laissé sortir, ces enculés ?

– Curieux, que tu parles d’enculé en me voyant, Nile. Très curieux, même. Tu sais ce qui me brancherait, là tout de suite ? Tu aimes l’aluminium ?

Wier, cent quinze ans de vie commune avec une blatte grosse comme le poing à la place du lobe pariétal. Et quelque chose de Vincent Price dans le regard. Une larme d’un Blaskó carcharhiniforme dans le crâne. Costume velours noir, brillant à la lueur de la pluie fine qui démarre souvent à cette heure de la nuit. Derrière, une voiture passe. En ces lieux où nulle voiture ne passe. Et sa silhouette coupait la lumière en deux, entre lampadaire avorté pendant à une façade, et l’éclairage interne d’un véhicule non identifié, garé non loin à moitié sur le trottoir, dont sort une brochette de répliquants claniques.

C’est fou comme ce peut être rapide : sortir les flingues, tirer dans le tas. Sauf que Deszó premier du nom fut le seul à sortir son aciérie de plombier-zingueur. Le liquide qui toucha son visage laissa de petits trous dans la gélatine. Et à chaque goutte de vitriol répondit un éclair qui dépucela la nuit.

Une Réponse vers “011. Vitriol, L’Origine : Des Trous Dans La Gélatine”

  1. […] Vitriol, L’Origine : Des Trous Dans La Gélatine By 1000morts Post numéro 11, où l’on explore l’origine du “run” (au sens comics du terme) Vitriol. […]

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :