343. Passager (3/10)

Posted in passage, poison avec des tags on février 5, 2010 by 1000morts

« Le temps ici est un phénomène de bascule, reprend le Passeur. Difficile de le comprendre comme ça, mais vous comprendrez. Bientôt. La marée monte, ils ont fini de toucher aux engoulevents, ils engraissent sur leurs épaves. Ils préfèrent le jeûne. C’est le signe de votre départ. »

Sa silhouette grossière se confond avec un monde arrondi par l’obscurité. Une stèle devient son dos, redessine un ex-voto avant de découper une ligne d’arbres bas. Le Passager peut sentir sa cervelle bouger comme une éponge dans l’ivresse des grandes profondeurs. « J’étouffe un peu, dit-il, massant sa gorge, un goût de poussière montant le long.

- Il va faire chaud, cette nuit. Exceptionnellement chaud. Vous devriez cependant vous couvrir.

- Que voulez-vous dire ?

Un sifflement bas lui répond, suivi par une cavalcade en sourdine. L’air amplifie les volumes : il aurait dit que de grandes masses se déplacent ignominieusement vite. Avec une souplesse de monstre total. Une envie de vomir le prend.

- Venez, dit le Passeur. Votre porte vous attend.

Il sort une petite fiole sans éclat.

- Buvez ceci. Pour une longue marche.

342. Vision De Wier En Jeune Chienne Noire

Posted in devoration avec des tags on février 4, 2010 by 1000morts

Wier n’est plus la terre mais quel est-il ? Dévoration des apostats.

341. Les Souffleries Vectorielles Du Chaos

Posted in operation chirurgicale avec des tags on février 3, 2010 by 1000morts

Ils appliqueraient un masque sur une moitié du visage, l’oxygène la comaterait radicalement, ils ouvriraient le champ, traceraient des pointillés sur la peau, sonderaient les constantes, injecteraient des liquides, en retireraient d’autres, sutures doublées, compresses gonflées comme des tampons, l’humour des terrain de golf, ils tremperaient des lames dans le fluide, vérifieraient des montres, des cadrans, des métronomes organiques, les souffleries vectorielles du chaos, l’infinitésimal et le cosmique rassemblés en un pixel ultime sur sa peau massacrée – car ils ne laisseraient rien que son ombre calquée sur la table d’inox.

340. Passager (2/10)

Posted in devoration, passage avec des tags on février 2, 2010 by 1000morts

Le soleil se lève, presque aussi crépusculaire que son aurore. La pluie est mauve - conséquence inattendue parmi d’autres. Les pavots profitent des bouleversements, recouvrent lentement la lande urbaine. On parle d’eux au futur.

Tout autour, les immeubles commencent à dessiner leurs baleines éventrées. Par vagues, le centre hospitalier suburbain, le centre de détention, le centre sportif, le centre commercial se confondent tout en découpant leurs ruines. Sensation d’un étrange compromis.

Le Passager est toujours parmi les armées. Plantations de crocs, bien propres, et de coussinets léchés. Il perçoit le bruissement dans sa peau, une onde de digestion, la cacophonie du contentement. « Petits, petits, petits, petits. »

Le tronçonnement des restes, cette sorte de ventricule qui hésite, bégaie et s’évase par cycles, s’interrompt brusquement. Pourtant, ils sont si loin. Il ne voit pas leurs yeux, il ne sent pas leur haleine, mais ils l’entendent lui. Et sa présence n’est pas souhaitée, il le comprend immédiatement. « J’ai néanmoins mon utilité, pense-t-il. J’ai ces mains qui bougent encore un peu. » Il fait des gestes, mime la caresse, au ras du sol. Se rappelle les évidences qui s’imposent en présence d’un nouveau-né : les appels suraigus, le jeu de la langue. Et la tendresse forcée.

Ça ne marche pas très bien au début. Bien sûr, quelques-uns font mine d’avancer, minaudent, léchant une patte, jouant avec une feuille en plein soleil. Rampent, se frottent le ventre dans la poussière, étalent leur longueur sous la chaleur.

Un petit roux finit par le rejoindre, passe entre ses pieds, levant la tête parfois en fermant les yeux, jouant avec un lacet. Le Passager lui gratte le dessous de la mâchoire et derrière les oreilles. Les bruits de machine reprennent la danse. « La mécanique fonctionne, pas vrai ? »

Il brise l’attente en sa compagnie.

L’autre fait comme un lien avec la foule. Un cordon permis par la distance. Et il sera l’un d’entre eux avant que le soir tombe.

Le jour, encore un jour. Et les vingt-quatre heures de la nuit.

339. Vision De Glass Comme Reflet De La Vie En Creux

Posted in fantôme, meurtre, possession avec des tags , on février 1, 2010 by 1000morts

Il marche dans les couloirs sous la montagne mais ses pieds frappent ceux de l’autre à chaque pas. Attaché à un corps qui n’est pas le sien, Glass déambule, homme sans sommeil, voyant sans yeux propres, arme dans l’étui de North, plus terrible sans doute que le pire métal, condamné à dévorer les ombres de ses ennemis, leurs âmes d’obscurité, au service d’un tueur inanimé.

338. Une Fille Au Visage De Mouches Et De Scalpels

Posted in catastrophe naturelle avec des tags , , , on janvier 31, 2010 by 1000morts

Accoudé au bar, il boit des oreilles la soupe qui sourd du semi-piano dans l’ombre. Les tables sont à peu près pleines, elles lui semblent des canots de sauvetage où les naufragés trinqueraient à la santé du capitaine. Mentir ; se soulager. Tout brûler à la lueur de l’alcool. Noyer tout et son contraire. Entreprendre, sauter, oublier. Permettre à la moelle épinière de faire un tour, s’aérer sur les docks, tracer des rails de chance en élévation. Des vibrations sous ses pieds ; il n’y a pas de métro à Byble. SteelSun ne sait plus qui il est, jusqu’à ce que cette fille l’accoste franco :
- Vous êtes libre ?
- Je suis quoi, pour vous, un gigolo ?
- Vous prenez quoi ?
Le sol commence tout doucement à bouger ; le reste de liquide dans son verre balbutie son Coriolis inversé.
- La même chose. Dégagez.
- J’étais sur un coup, il est parti en fumée entre ici et la porte d’entrée.
- La même chose. Dégagez.
La fille en noir s’assied malgré tout, l’air d’être en paix avec le monde entier, ce qui a le don de le mettre en rogne. Les bonnes intentions, ça sert juste à justifier les pires saloperies, selon lui. Il s’en sort mieux avec une belle gueule qu’avec l’air paisible. Il sent sa chaise se soulever très, très légèrement au rythme des tremblements qui s’intensifient ; la sauce monte de plus en plus, ça lui file un mal de mer terrible. Il angoisse ; la nuit en finira-t-elle jamais avec lui ?
- Vous entendez ça ?
Le grondement ; il n’y avait pas prêté attention.
- On dirait un tsunami dans les fondations de la ville : je gagne quoi ?
- Le maître arrive.
SteelSun la regarde pour la première fois, et le visage de Phylis, extatique, transfiguré, semble habité par les mouches et des pointes de scalpel.

337. Passager (1/10)

Posted in maladie, passage avec des tags on janvier 30, 2010 by 1000morts

Entre les tombes du cimetière de Byble, ils vont et viennent par grappes. Ils refluent, cette marée donne le mal de mer en pleine banlieue. Ils dessinent des sentiers provisoires.

- Ça lui a pris quand ?

La voix éraillée du Passeur ricoche entre les stèles. « Au moment de la conjonction. Ou juste avant, je ne sais plus.

- C’était comment, ici ?

- Pas pire qu’ailleurs, j’imagine. Le plus dur, c’étaient les débris. Du moins, ceux qui marchaient encore. Ou qui claquaient des mâchoires.

Mégot lancé parmi les ombres, le Passeur se relève, frotte ses mains sur les jambes de son pantalon, rajuste son haut-de-forme. Et jette un œil au-delà de la rivière. La nuit tombe comme un paquet de linge. Quelques sons encore : feulements dans les herbes rares et les bulbes, lacérations, courses dans la lumière des inanimés. Fondu enchaîné sur le visage du Passager, sa peau lâche, son teint de craie, ses yeux enfoncés. Un masque sous des touffes grises.

- La rumeur courait depuis longtemps sur sa santé mentale… détériorée. « On l’a retrouvé en pièces, dans toute la moiteur d’une alimentation déficiente. » Voilà ce qui se disait.

Le Passeur lève la tête.

- C’est ce qu’un journal a écrit dans sa nécro.

- On l’a enterré ?

- Oui.

- Ici ?

Silence des engoulevents : la chasse est ouverte. Les troupes conquièrent de nouveaux espaces, attaquent les bancs opaques, éparpillent. Le carnage est bref ; la nourriture, abondante.

La silhouette du Passeur se détache lentement sur les nuages en mouvement. La couleur rouge du monde s’éclaircit sur les bords, dessine de molles anamorphoses. Des visages. Des griffes. La forme du silence. « Quelque part, on n’a pas le droit de savoir.

- Les frayeurs se dissipent, pourtant. La nuit porte conseil.

- Il y a des conseils qu’il vaut mieux ne pas entendre.

Flash : l’incandescence de la mort lente. La fumée du goudron s’échappe de sa bouche.

- Croyez-moi.

- Me direz-vous avant le jour ?

La buée sourd de sa peau comme une lampe-tempête.

- Rien ne saurait m’y contraindre. Pas même leurs régurgitations.

La nuit, le jour. Une autre nuit.

336. L’Epiphanie Des Humeurs Mauvaises

Posted in fantôme, maladie, operation chirurgicale avec des tags on janvier 29, 2010 by 1000morts

Le corps comme décor, colonne vertébrale en tourbillon de chute, gorge du silence, tessons découpés dans la matrice, ce qu’on enlève revient hanter, descend au même terminus et prélève à tout va, vision de derrière les yeux, prédictions des chairs tuméfiées, les membres fantômes, Lodger c’est cela : l’immanence du goître, le flanc percé pour inonder ses ouailles, l’humeur qui s’accumule en manière d’épiphanie, l’évanescence qui se déploie et retombe, retombe, creuse les sous-sols qu’elle transforme en ciels.

335. Retour De Messaline Au Waldorf Astoria Du Diable (6/6)

Posted in reproduction, torture avec des tags on janvier 28, 2010 by 1000morts

14e au 229e étages. On Entre Au Pays Des Morts.

Un univers unique, fruit fusionnel des 215 étages supérieurs. Une reine. Une matrice. La parfaite incarnation. Un univers du développement, de l’expansion. Les voiles se tendent. Le vent se lève. Les vagues se creusent sur le fil de l’échine. Eclatent leurs outres d’hydrogène. Les cocons de cuir qui pendent, gobés de l’intérieur, sèchent, composent de nouveaux globes, participent de l’évolution.

Le choix de l’unique, de l’autosacrifice, de la permanence de la souffrance. De l’augmentation de soi. Du trépan. Du rasoir infini.

334. A L’Est, Monarchie Des Dissimulateurs

Posted in maladie, metamorphose avec des tags on janvier 27, 2010 by 1000morts

L’un est capture, l’autre est ailes. Le virus Wier se répand à nouveau dans les rues de Byble, pollinise ses bacilles, excrète bactéries et nodules, balance des rads par millions dans les replis, expectore sa suie sur les architectures, les maisons individuelles en bandeaux serrés, les immeubles de bureaux qui se succèdent, se font face, se défient, les tours et les formes, les quartiers de l’ouest réservés aux riches, la misère s’accumulant vers l’est, une progression du crime quand l’oeil se tourne vers la droite, Wier vit mieux, respire mieux au Levant. Sa peau s’affermit, ses pores s’entrouvrent comme portes du secret, ses cheveux repoussent après des siècles de confinement dans la terre, ses dents s’enchâssent, ses ongles transforment ses mains en serres, Wier souverain règne sur une monarchie de dissimulateurs.